Opinion : Que faisons-nous pour empêcher les hommes de mourir trop jeunes?

Travis Garone.
Deux hommes sur cinq n’atteindront pas l’âge de 75 ans, la plupart en raison de causes évitables. Il n’est pas nécessaire qu’il en soit ainsi. Travis Garone, cofondateur et membre du conseil d’administration de Movember.
Travis Garone, cofondateur et membre du conseil d’administration de Movember.
Deux hommes sur cinq n’atteindront pas l’âge de 75 ans, la plupart en raison de causes évitables.
Chez les jeunes hommes, le suicide fait plus de victimes que toute autre cause.
Ce ne sont pas que des statistiques : ce sont des familles qui perdent trop tôt des frères, des pères et des amis.
Il y a 22 ans, nous avons lancé Movember avec une idée toute simple : convaincre quelques amis de se laisser pousser la moustache, amasser des fonds et entamer une conversation sérieuse que personne d’autre n’avait — sur la santé masculine. En 2003, nous savions qu’il serait très difficile de convaincre tous les hommes de la planète de se laisser pousser la moustache, mais nous avons tenté le coup. Aujourd’hui, cette initiative est devenue un mouvement mondial qui rassemble des dizaines de millions de personnes déterminées à changer le visage de la santé masculine.
Au fond, Movember a toujours été un mouvement populaire porté par la communauté. La moustache est le symbole du changement, mais le mouvement appartient à toutes les personnes qui la font pousser, font un don, passent le mot et participent.
En Australie, plus de 2,1 millions de personnes ont soutenu Movember au cours des cinq dernières années. Cela comprend autant des hommes que des femmes, car la mauvaise santé des hommes touche tout le monde et toutes les sphères de la vie : des relations à la maison aux milieux de travail, en passant par l’ensemble des communautés. Et il faudra que nous unissions tous nos forces — avec nos expériences vécues, notre compréhension et nos points de vue uniques — pour mettre en œuvre des solutions complexes, novatrices et, surtout, efficaces.
Nous n’avons jamais cherché à tout faire. Nous ne sommes ni une ligne d’aide en situation de crise ni un ministère. Nous intervenons en amont, là où nous pouvons avoir le plus grand impact : en misant sur la prévention et l’intervention précoce pour aider les hommes à vivre plus longtemps, en meilleure santé et plus heureux. Nous allons à la rencontre des hommes et nous nous attaquons aux problèmes avant qu’ils n’atteignent un point critique, tout en transformant les systèmes qui ne répondent pas à leurs besoins.
C’est pourquoi, au cours des cinq dernières années, nous avons consacré plus de NZ$385 M$ à des programmes axés sur la prévention, allant de la recherche et du dépistage précoce des cancers de la prostate et des testicules aux travaux novateurs sur la dépression, l’anxiété, la prévention du suicide et les relations saines. La recherche et les programmes sur les cancers masculins font partie de notre ADN depuis le tout début. Au cours des cinq dernières années, la communauté Movember a consacré plus de NZ$137 M$ au cancer, soit 35 % des fonds investis, contribuant ainsi à la mise au point de nouvelles analyses sanguines, de meilleurs examens d’imagerie et de nouveaux traitements qui permettent aux hommes de vivre plus longtemps.
Nous intervenons là où les risques sont les plus grands pour les hommes. Le suicide demeure la principale cause de décès chez les hommes de moins de 50 ans. C’est pourquoi notre investissement est passé de NZ$13 M$ en 2021 à plus de NZ$34 M$ en 2025.
Mais notre approche ne se limite pas au financement : elle consiste à soutenir ce qui fonctionne et à en accroître la portée. Movember travaille auprès des garçons et des jeunes hommes dans le cadre d’initiatives communautaires menées par l’entremise de clubs sportifs, dans l’univers numérique grâce aux sports électroniques et aux jeux vidéo, ainsi qu’auprès des hommes plus âgés au moyen de programmes liés au cancer et de services de soutien et de défense des intérêts. Nous avons créé Men in Mind, un programme fondé sur des données probantes qui forme les cliniciens afin qu’ils puissent mieux établir un lien avec les hommes en thérapie. Nous investissons également dans des recherches de pointe qui cernent les causes de la détresse et permettent de créer des solutions concrètes.
Les chercheurs de notre Institut Movember pour la santé masculine ont démontré que la rupture d’une relation est l’un des principaux facteurs de suicide chez les hommes. Chez les hommes de 25 à 44 ans, une séparation augmente de 82 % le risque d’avoir des pensées suicidaires. Comparativement aux hommes mariés, les hommes séparés courent un risque de suicide près de cinq fois plus élevé. Ces résultats orientent déjà la formation clinique, la conception de programmes et les interventions communautaires, donnant ainsi aux hommes des outils pour rester en meilleure santé et faire preuve d’une plus grande résilience dans les moments où cela compte le plus.
La prévention, c’est aussi intervenir auprès des jeunes hommes avant que les problèmes ne s’installent. C’est l’objectif de notre programme Ahead of the Game, que nous offrons en partenariat avec l’AFL et 26 organismes et qui a rejoint plus de 20 000 jeunes en 2025. En intégrant la promotion de la santé et la prévention dans les milieux que les jeunes hommes fréquentent déjà — les clubs, les équipes et les communautés —, nous les aidons à acquérir des capacités d’adaptation qui leur serviront toute leur vie. Ahead of the Game, ce n’est pas seulement une question de sport. Il s’agit d’apprendre aux garçons à parler de ce qu’ils vivent, à surmonter les difficultés et à se soutenir les uns les autres quand la vie devient difficile. C’est la prévention en action, et elle sauve des vies.
Nous n’avons jamais fait ça seuls. Movember fonctionne parce que nous unissons nos efforts à ceux des autres : des gars qui s’entraident. C’est ainsi que tout a commencé, et c’est encore ainsi que ça fonctionne aujourd’hui. Lorsque le gouvernement australien a engagé NZ$32,000,000 — le plus important investissement fédéral dans la santé des hommes de notre histoire —, Movember n’a pas obtenu ce résultat à lui seul. Nous y sommes parvenus grâce aux voix de milliers de personnes et au leadership d’organisations de partout au pays, à nos côtés.
Des partenariats comme ceux-ci, il y en a partout. Nous sommes fiers d’être aux côtés d’organismes comme Top Blokes, Suicide Prevention Australia, Healthy Male, The Men’s Shed et Everymind, pour n’en nommer que quelques-uns. Ensemble, nous façonnons un avenir où la prévention passe avant tout.
Et à travers tout ça, la moustache demeure notre symbole le plus puissant : c’est notre ruban, notre insigne et un catalyseur de conversations. Chaque mois de novembre, des millions d’hommes et leurs proches se laissent pousser un Mo, suscitant des conversations, sensibilisant le public et donnant à la santé masculine une visibilité qu’aucune campagne n’avait jamais réussi à lui donner. C’est un phénomène culturel porteur d’une mission : chaque poil représente des vies transformées et des vies sauvées.
À titre de cofondateur et de membre du conseil d’administration de Movember, j’ai le privilège de travailler en étroite collaboration avec notre cheffe de la direction, Michelle Terry, et le directeur de notre Institut de la santé masculine Movember, le professeur Simon Rice. Ils dirigent des équipes de calibre mondial qui font progresser ce mouvement avec intelligence, passion et vision. De la recherche novatrice aux partenariats communautaires, leur leadership fait en sorte que les précieux fonds recueillis par nos sympathisants se traduisent par des retombées concrètes sur la santé des hommes.
Voilà l’essence même de Movember. Un mouvement. Une communauté. Des millions de personnes partout dans le monde qui choisissent d’agir ensemble pour changer le visage de la santé masculine. Quand je regarde le chemin parcouru, je suis fier de ce que cette communauté a accompli. Mais quand je pense à l’avenir, j’ai encore plus d’espoir et de détermination. Parce qu’en vérité, la santé masculine, c’est l’affaire de tout le monde.
– Travis Garone, cofondateur et membre du conseil d’administration de Movember





