Roney X : redéfinir la masculinité
Roney X
Pour « Roney X », un artiste de Toronto, grandir en tant que personne queer et PANDC a comporté son lot de défis. Reconnu pour sa sonorité puissante et son approche artistique créative et unique, Roney X a appris à assumer sa propre définition de la masculinité. Il se sert maintenant de sa plateforme pour encourager les autres à sortir des sentiers battus et à repousser les limites de ce que signifie être un « homme ». Ce mois-ci, Roney X prend place dans le fauteuil du barbier pour nous parler de ce que la Fierté représente pour lui, de la façon dont il a surmonté les défis auxquels il a fait face et de l’incroyable optimisme avec lequel il envisage l’avenir.
En tant qu’artiste, tu te fais appeler Roney X. Ce nom a-t-il une signification particulière? Comment tes racines grenadiennes ont-elles influencé ta musique?
J’ai toujours aimé l’orthographe unique de mon nom et j’ai toujours voulu intégrer ou conserver « Roney » dans mon nom d’artiste. Le « X » m’est venu après coup; il représente la carapace qui ressort dans mes textes de rap. « Roney X » fait aussi écho à mon signe astrologique, le Cancer. Je suis une personne émotive et passionnée, mais je n’ai pas peur pour autant de montrer ma force. En musique, j’adore la juxtaposition d’éléments doux et percutants, et je voulais que mon nom d’artiste reflète ce contraste.
Étant originaire de la Grenade et des Caraïbes, je viens d’une culture reconnue pour sa musique énergique, rythmée et mélodique. Des genres comme le soca, le dancehall et le reggae ont joué un rôle immense dans mon enfance. Ce sont les premiers styles de musique et les premiers sons que j’ai entendus en grandissant, avant de déménager au Canada. Ces sonorités et ces styles feront toujours partie intégrante de mon identité, et j’essaie d’en intégrer des éléments dans ma voix et dans le son de ma musique!
Comment as-tu vécu le fait de grandir en tant que personne queer au sein de la communauté PANDC? Comment ces expériences ont-elles façonné la personne que tu es aujourd’hui? Quelle influence ont-elles eue sur ta démarche artistique?
Mon expérience en grandissant comme personne queer et PANDC a été plutôt difficile. Il y avait tellement de choses que je devais cacher à mon sujet pour qu’on me prenne au sérieux. J’ai dû surmonter tellement de barrières et d’obstacles avant de pouvoir être reconnu ou accéder à des milieux plus faciles d’accès pour les personnes qui ne sont pas PANDC. Aujourd’hui, je peux dire que ces défis ont fait de moi une personne plus forte et que je n’ai plus peur d’être moi-même. Je pense que certaines de ces expériences difficiles ont contribué à façonner mon image de marque et mon art. Elles ont fait de moi une meilleure personne.
Quand j’étais jeune, les personnes PANDC queers étaient peu représentées dans les médias grand public, et j’ai toujours su que je voulais remédier à ce manque de représentation, que ce soit par la danse, le jeu ou la musique. La communauté elle-même a énormément influencé mon art. À Toronto, des soirées comme yes yes y’all, big primpin, entre autres, qui s’adressaient aux personnes PANDC, m’ont aidé à préciser le genre de musique que je voulais créer. Voir tout le monde s’amuser dans des espaces sécuritaires m’a permis d’exprimer mon art de la façon la plus authentique possible.
Comment fais-tu le point sur ta santé mentale et comment en prends-tu soin? Quel impact la COVID a-t-elle eu sur ta santé mentale?
Pour beaucoup d’entre nous, la COVID a certainement mis un frein à bon nombre de projets. Beaucoup d’emplois ont été perdus et de nombreuses personnes ont connu une baisse générale de motivation. La peur de l’inconnu peut être tellement éprouvante pour les nerfs. J’ai choisi de profiter de cette période pour refaire le plein d’énergie, ce qui m’a permis de vraiment réfléchir à ce que je voulais apporter au monde. J’ai réussi à transformer mon anxiété en enthousiasme, même si je sais que ça peut être difficile pour beaucoup de gens.
Chaque personne est différente, et les stratégies qui fonctionnent pour l’une peuvent ne pas fonctionner pour une autre. Pour ma part, j’essaie de méditer et de réciter des mantras et des affirmations positives. Je recommande aussi de parler à quelqu’un si les choses deviennent trop difficiles, que ce soit à un thérapeute, à un ami ou à un proche. J’adore également écouter de la musique. Je m’inspire d’émissions comme Legendary, Pose et toutes les séries de la franchise Housewives. J’essaie simplement de garder le moral en tout temps.
Maintenant que tu sais ce que tu sais et que tu vis ouvertement et avec bonheur ton identité queer, que dirais-tu à la personne que tu étais plus jeune?
« Tu n’as rien à perdre! Ne cache pas qui tu es vraiment et essaie de ne pas vivre dans la peur du jugement et de la critique. Enfin, va chercher du soutien plus tôt. C’est incroyable tout ce qu’une communication efficace peut faire pour ton bonheur à long terme. »
Que penses-tu de l’état actuel et de l’avenir de la représentation des personnes queers PANDC dans les médias grand public, compte tenu de l’augmentation récente de cette représentation grâce à des artistes comme Lil Nas X, Kehlani et bien d’autres?
C’est formidable de voir qu’il y a eu des progrès et que davantage de personnes peuvent être célébrées. Je salue le courage des artistes que tu as mentionnés et les risques qu’ils prennent en repoussant les limites, mais j’ai tout de même l’impression qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Je pense que c’est particulièrement difficile pour les personnes PANDC queer qui s’identifient comme des hommes d’être prises au sérieux sans être perçues comme un coup de marketing ou comme trop flamboyantes. Nous voulons avoir les mêmes possibilités que nos homologues blancs. En ce moment, on dirait que nous devons faire quelque chose d’extrême pour attirer l’attention que nous méritons tant. Mais avançons un petit pas à la fois.
Une grande partie de tes créations brouille les codes de genre en faisant appel à des éléments traditionnellement associés au masculin et au féminin. Pourquoi est-ce important pour toi de montrer cette représentation?
J’ai adoré que tu en parles. Je suis un artiste qui prône l’inclusion sous toutes ses formes! Peu importe la race, le genre, l’orientation sexuelle, etc. Je fais de la musique pour tout le monde et j’ai toujours voulu que chaque personne se sente incluse en chantant mes chansons. Il est donc très important pour moi de réunir mes énergies masculine et féminine dans mon art. Il s’agit de penser et d’être en dehors des sentiers battus, et de repousser les limites des constructions et des normes sociales.
Que signifie la masculinité pour toi?
La masculinité est très difficile à définir, surtout en 2021. Depuis si longtemps, notre société associe la masculinité au fait d’être « viril », musclé et de ne montrer aucun signe de faiblesse. Pourtant, j’ai toujours pensé que la véritable masculinité, c’est faire preuve d’assurance, d’élégance et de grâce. La vulnérabilité joue un rôle énorme dans ma « masculinité ». Même si je m’identifie comme un homme cisgenre, la masculinité signifie pour moi que je peux remettre en question les idéologies socioculturelles et les normes de genre. En vieillissant et en grandissant au sein de la communauté queer, j’ai tendance à voir les choses d’un point de vue psychologique. Il n’existe pas une seule caractéristique qui exprime ou définit ma masculinité. Et je compte continuer à repousser les limites et à abolir les constructions sociales liées à la masculinité toxique.
Y a-t-il des modèles que tu admires ou qui ont influencé la personne que tu es?
Je suis constamment inspiré par des artistes grand public comme Sam Smith, Troye Sivan, The Weeknd, Beyoncé, Drake, Nicki Minaj, Diplo, Major Laser, Pabllo Vittar, PARTYNEXTDOOR, Doja Cat, Will Smith et Jamie Foxx. Et la liste continue.
Pour ce qui est des modèles et de la démarche artistique, je dois dire que Sam Smith a eu une énorme influence sur moi. C’est toujours tellement rafraîchissant de découvrir ses nouvelles chansons et créations visuelles. Son style unique et sa façon d’intégrer le mouvement et la danse sont des éléments que je tiens vraiment à continuer d’incorporer à mon propre travail afin de développer ma créativité. Sur le plan spirituel, j’ai toujours regardé l’émission Iyanla: Fix My Life d’Iyanla Vanzant et ressenti un lien avec elle. Cette femme noire inspirante est une véritable pionnière au sein de la communauté afro-américaine, que ce soit comme leader, coach de vie, enseignante ou autrice. Les outils qu’elle propose en accompagnant principalement des familles et des personnes noires aux prises avec des traumatismes intergénérationnels m’ont aidé à guérir, mais plus particulièrement :
- Savoir à quoi ressemblent des relations saines.
- Essayer de communiquer efficacement ses émotions.
- Connaître mes propres déclencheurs.
- Être capable de pardonner et de demander pardon.
- Et enfin, me donner la permission, en tant qu’homme noir et queer, de ressentir des émotions intenses comme la colère, la rage et la tristesse, entre autres, sans être condamné ou jugé pour les avoir exprimées. Ce sont toutes des émotions tout à fait légitimes, et les exprimer ne justifie pas qu’on me qualifie de « personne noire en colère ».
Que signifie la Fierté pour toi?
Pour moi, la Fierté, c’est vivre pleinement et sans compromis en accord avec qui tu es. C’est se souvenir des personnes qui ont ouvert la voie pour que nous puissions être vus et entendus. Et c’est inspirer les générations qui nous suivront.





