La vraie force vient de la vulnérabilité : Samir Mourani parle de la masculinité moderne

Samir Mourani a animé une table ronde sur la masculinité moderne à Toronto
Samir Mourani, animateur du balado Gent's Talk, a animé à Toronto une table ronde sur la masculinité moderne, commanditée par Movember.
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Panéliste de Movember et animateur du balado Gents Talk, Samir Mourani a entendu parler de Movember pour la première fois au secondaire. À l’époque, Movember lui semblait être une activité que les gens faisaient une fois par année pour s’amuser un peu, mais il a récemment approfondi ses connaissances sur Movember. En 2020, dans la foulée de la pandémie, Samir et sa femme se sont séparés. « J’ai fait la seule chose que j’avais toujours su faire : enfouir mes émotions et essayer de me distraire. J’ai suivi le même scénario que tous les gars. Ce n’est qu’après avoir touché le fond que j’ai pleinement compris que cette vision de la masculinité ne me convenait tout simplement pas. »
La seule façon de m’en sortir, c’était de traverser cette épreuve. J’ai compris que je devais vraiment affronter la douleur et les émotions, et apprendre à les comprendre. Ça a été un très long parcours, que je poursuis encore aujourd’hui, parce qu’il ne se termine jamais vraiment. J’ai commencé à comprendre que la vision de la masculinité avec laquelle j’ai grandi, tout comme mon père et mes amis, est très malsaine. Alors, quand Movember m’a proposé d’animer une table ronde sur la masculinité, j’ai immédiatement accepté. J’ai consacré les cinq dernières années de ma vie à comprendre la masculinité afin de devenir une meilleure version de moi-même, pour moi, mais aussi pour mes amis et mes proches.
Le lancement du balado Gents Talk
Le point le plus bas de ma vie, le moment le plus douloureux de ma vie, a été la meilleure chose qui pouvait m’arriver. L’objectif est d’être un peu plus proactifs, et pas seulement réactifs, afin que lorsqu’une personne prend une décision irréfléchie en raison d’une dépendance ou d’une difficulté, elle ait un autre exutoire plutôt que de se tourner vers la violence ou la criminalité. Tout au long de ce processus, je me suis demandé : comment pouvons-nous être plus proactifs? C’est à ce moment-là que j’ai décidé de lancer le balado, parce que je savais que je n’étais pas le seul gars à ressentir ça. Je pense qu’au fond, les hommes cherchent une forme de permission; nous voulons simplement savoir que nous pouvons avoir ces conversations en toute sécurité, sans craindre qu’on se moque de nous. Quand j’ai lancé le balado, c’était un coup de dés, puis tout a décollé. Deux ans et demi plus tard, nous faisons partie des 5 % de balados les plus populaires au monde sur Spotify et nous avons un partenariat avec Air Canada, qui offre chaque épisode à ses passagers. Notre table ronde sur les masculinités avec Movember sera également offerte sur tous les vols d’Air Canada au début de 2025.
Redéfinir la réussite personnelle et cesser de se comparer
Je me laisse constamment prendre au jeu. Quand on lance un épisode de Gent’s Talk le lundi, je ne peux pas m’empêcher d’actualiser la page pour voir le nombre de visionnements et de commentaires. Ensuite, je vais voir comment se débrouillent d’autres balados, même ceux qui ne sont pas du tout dans le même créneau que moi. Si notre épisode ne connaît pas autant de succès que les autres émissions, j’ai immédiatement le moral à terre. Je me dis que le balado est un échec et j’oublie aussitôt toutes nos réussites : notre classement mondial, notre partenariat avec Air Canada, notre collaboration avec Movember. Parce que, sur le coup, je ne vois que le tunnel dans lequel je me trouve. Dans ce tunnel, la seule issue semble être d’avoir plus d’abonnés, plus de visionnements, plus de mentions J’aime, plus de fausse validation. Je me souviens d’avoir eu un moment de lucidité après la table ronde de Movember. Il y avait 150 personnes dans la salle avec qui on avait une conversation authentique : ça, c’est une véritable influence, un véritable engagement. Si je pense à ce que je ressentirais si notre vidéo obtenait 150 visionnements, je me dirais que ce n’est rien. Mais quand on songe à l’influence réelle qu’on peut avoir dans une salle remplie de personnes qui participent activement, ça remet les choses en perspective.
La prochaine génération d’hommes
Je crois fermement qu’il est plus facile d’enseigner aux jeunes hommes que de guérir des hommes brisés. Si tu peux montrer à la prochaine génération d’hommes comment parler ouvertement de ces sujets, ils feront des choix de vie différents. Ils choisiront de ne pas chercher à s’engourdir avec l’alcool ou les drogues; ils choisiront de dire ce qu’ils pensent et de parler de ce qui les bouleverse et les préoccupe plutôt que de recourir à la violence et à l’agressivité. Il est essentiel d’avoir accès à des ressources qui normalisent les conversations importantes. Ça rassure les hommes de savoir que ça n’enlève rien à leur masculinité. Je te le promets, tu peux toujours te considérer comme un homme après avoir dit à quelqu’un : « Je ne vais pas bien. »
C’est correct de ne pas aller bien
Je ne pense pas qu’il existe une solution unique. Je ne crois pas qu’un seul conseil puisse automatiquement convenir à tout le monde. La première étape consiste à prendre conscience de ce que tu ressens, puis à faire de ton mieux pour comprendre pourquoi. Une fois que tu comprends pourquoi, tu peux cerner un élément précis, puis établir un plan. Tu peux apprendre à l’accepter, à composer avec la situation ou décider d’agir, mais il n’existe pas d’approche universelle. Ce qui m’a vraiment aidé, c’est de voir et d’entendre un autre homme parler ouvertement de ses difficultés en matière de santé mentale.
Une volonté d’avoir des conversations saines sur la masculinité
C’est rafraîchissant de voir une organisation décider d’avoir ces conversations au grand jour — là où l’on peut constater à quel point les gens en ont envie et soif. C’est vivifiant de voir les expressions sur les visages, les hochements de tête et les marques d’approbation silencieuses. Même des gens que je ne connaissais pas publiaient sur LinkedIn et Instagram pour dire à quel point c’était formidable de se retrouver dans une salle pour discuter de ce sujet. Une seule table ronde ne suffit pas, mais elle fait naître l’espoir et envoie un message qui va dans la bonne direction. Si un ou deux gars dans le public retiennent cette information et essaient ensuite d’en parler avec leur partenaire ou un ami, cela peut créer un effet d’entraînement. L’impact est très puissant, car il est possible de changer le discours entourant ces enjeux.
Structurer et transmettre l’information de façon intentionnelle
Si on réfléchit à la façon dont on présente ces conversations et qu’on voit l’emballage comme celui d’un cadeau, chaque élément compte. Le papier d’emballage utilisé, le type de boucle, les couleurs : tout ça a son importance dans la façon de transmettre un message à la plupart des hommes. Il faut leur parler d’une manière qu’ils comprendront, et commencer en faisant preuve de vulnérabilité permet d’atténuer l’impact initial. J’ai traversé une période très difficile pendant la pandémie, et je ne crois pas avoir été le seul homme à éprouver des difficultés. En tant qu’homme, j’avais l’impression de ne pas avoir le droit de parler de quoi que ce soit, et j’essaie simplement de devenir une meilleure version de moi-même. Le message et la façon dont il est transmis sont extrêmement importants, parce qu’on peut soit rebuter un grand nombre d’hommes, soit piquer suffisamment leur curiosité pour amorcer une conversation.
L’espoir d’une masculinité moderne
J’aimerais vivre dans une société où les hommes peuvent accepter le fait qu’ils ressentent des émotions et que c’est humain. Les larmes ne sont ni masculines ni féminines. C’est la façon dont le corps évacue les hormones du stress et les toxines de l’organisme — c’est son mécanisme naturel de defence contre la douleur. J’aimerais vivre dans une société où les hommes n’ont jamais l’impression que leur seule issue est de s’enlever la vie. J’aimerais que, dès leur plus jeune âge, on apprenne aux hommes qu’ils ont le droit de ne pas aller bien, que la véritable force passe par la vulnérabilité et que ce mot n’est pas synonyme de faiblesse.
Il reste encore beaucoup à faire. J’espère que les personnes qui écouteront l’épisode de la table ronde comprendront qu’il ne s’agit que de la première partie d’une conversation qui doit se poursuivre. Il y a tellement de travail à accomplir partout dans le monde. On ne peut pas se dire : « Movember s’en occupe, je vais simplement les laisser faire. » J’ai une responsabilité envers mon père, envers moi-même, envers mes amis et envers la prochaine génération d’hommes. Nous portons tous ce fardeau.
Écoute l’épisode spécial du balado Gents Talk.




