Le parcours de Brady Leman vers les Jeux olympiques

En route vers les Jeux olympiques
Qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir athlète?
Il n’y a pas eu une seule chose en particulier qui m’a vraiment donné envie de devenir athlète. En grandissant, tout ce que je voulais, c’était faire du sport. Je jouais au hockey-balle et au soccer dans la rue; j’aimais l’esprit de compétition de la course de fond, l’intensité de la lutte et le sentiment de faire partie d’une équipe au volleyball. Même si j’aimais tous les sports, celui dans lequel j’excellais et que j’aimais le plus, c’était le ski.
Quels sont les plus grands défis que tu as rencontrés au cours de ta carrière? Comment les as-tu surmontés?
Ma carrière n’a jamais été un long fleuve tranquille. Quand j’étais plus jeune, j’étais plus petit que la plupart des autres athlètes, et il semblait toujours me falloir une année ou deux de plus pour atteindre certains jalons que les athlètes de mon âge franchissaient déjà. C’était toujours difficile de tout juste obtenir les résultats minimaux nécessaires pour poursuivre ma carrière en ski de compétition. Plus tard dans ma carrière, les blessures ont commencé à s’enchaîner rapidement, la pire ayant été de me casser la jambe la veille de la course aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010. C’est quelque chose que je n’oublierai jamais.
Même si ma blessure m’a empêché de participer aux Jeux olympiques de 2010, je savais que je n’avais pas encore donné le meilleur de moi-même sur les pistes. Surmonter mes blessures n’a pas été facile, mais j’ai pu compter sur mon réseau de soutien — ma famille, mes amis, ainsi que les médecins et les thérapeutes — pour revenir plus fort que jamais. J’ai pris mon temps et je me suis assuré de ne pas reprendre la compétition avant que mon corps et mon esprit soient à 100 %. Je me suis retiré de la compétition pendant près d’un an et demi, et cette décision a porté ses fruits lorsque j’ai remporté ma première course à mon retour.
Quelles stratégies recommanderais-tu à une personne qui pourrait vivre des défis semblables dans sa vie?
Mon conseil, c’est de toujours tirer pleinement parti de toutes les ressources à ta disposition. Parfois, ça veut dire demander de l’aide pour vrai ou faire des efforts supplémentaires pour t’assurer d’avoir tout ce dont tu as besoin. Au début, demander de l’aide peut être vraiment inconfortable, mais plus tu le fais, plus ça devient facile. La plupart du temps, les gens sont heureux de t’aider; ils ne veulent simplement pas dépasser les limites. En plus d’utiliser les ressources à ta disposition, ma règle principale est d’écouter ton corps. Tu penses peut-être pouvoir continuer malgré tout, mais parfois, tu te fais plus de mal que de bien.
Comment arrives-tu à concilier ta vie personnelle et les exigences de la compétition au niveau olympique?
En tant qu’athlète, tu apprends assez tôt à accorder la priorité à des choses comme l’entraînement et la compétition. Tu dois très bien gérer ton temps, sinon tu n’arriveras pas à faire tout ce que tu dois accomplir dans ta journée. Je donne toujours la priorité à mon entraînement; mes proches le savent bien. Je m’assure de prévoir plus de temps pour m’occuper des choses les plus importantes, puis j’organise mon temps libre en conséquence. Je veille aussi à prévoir des pauses et des moments de répit dans mon entraînement.
Les gens voient souvent les athlètes olympiques comme des robots, mais ce n’est vraiment pas le cas. Tu dois prendre du temps pour tes proches, sinon tu vas devenir fou à force d’essayer de t’entraîner jour et nuit et de t’isoler sur une île. Je m’assure de prévoir des temps d’arrêt où je peux décrocher du ski et relaxer complètement, sans culpabilité. Ça ravive aussi ma motivation quand je retourne au gym ou sur les pistes : me sentir reposé et détendu me donne envie de me donner à fond quand je reprends l’entraînement.
Tu as remporté une médaille d’or pour le Canada aux Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang 2018. Qu’as-tu ressenti en représentant le Canada à ce moment-là, et que ressens-tu maintenant que tu te prépares pour les Jeux olympiques d’hiver de Beijing 2022?
C’était complètement surréaliste de ramener une médaille d’or au pays en 2018. C’était une bonne journée pour passer une bonne journée! Honnêtement, je n’arrive toujours pas à trouver les mots qui rendraient justice à cette journée et à celles qui ont suivi. C’était tout simplement extraordinaire!
Se préparer à défendre mon titre aux Jeux olympiques d’hiver de 2022, c’est une tout autre sensation. Je ressens à la fois de la pression et une immense absence de pression. Il y a de la pression parce que je suis champion olympique en titre et que je sais à quel point il est difficile de défendre son titre, ce qu’on me rappelle constamment. Mais en même temps, je ressens très peu de pression; je n’aurais jamais rêvé de remporter une médaille d’or, alors qu’est-ce que j’ai à perdre maintenant? Je peux participer à la compétition et profiter de ma prochaine expérience olympique en sachant que j’ai déjà une médaille à mon actif.
Comment te prépares-tu mentalement à participer aux Jeux olympiques? Quel effet la compétition a-t-elle sur ta santé mentale et, inversement, quel effet ta santé mentale a-t-elle sur ta performance?
Le chemin pour se rendre aux Jeux est long, et il est ponctué d’une foule de petites et moyennes victoires et défaites. Se préparer mentalement, c’est simplement veiller à tirer une leçon de chaque victoire et de chaque défaite. Rester dans le moment présent est absolument essentiel dans toute compétition, surtout aux Jeux olympiques. Tu ne peux pas te laisser impressionner par l’ampleur du moment; tu dois rester concentré sur le prochain départ, virage, saut ou quoi que ce soit d’autre. Dès que ton esprit se projette vers la ligne d’arrivée et cette médaille, ou, plus souvent, vers tous les scénarios de défaite possibles, c’est déjà fini. Tu dois rester concentré sur la tâche à accomplir.
Comment est-ce que ton accident de 2020 a affecté ta santé mentale? Comment as-tu réussi à surmonter ces difficultés?
Ma chute de l’année dernière a été vraiment difficile sur le plan mental. Je ne m’étais jamais blessé au genou auparavant. Heureusement, j’ai toujours eu davantage tendance à me casser des os, et les os guérissent beaucoup mieux que les ménisques, les tendons et les ligaments. C’est l’incertitude entourant toute la situation qui m’a le plus affecté. Je ne savais pas si j’aurais besoin d’une opération, combien de temps durerait mon rétablissement, ni même si je pourrais revenir à la compétition après une blessure au genou à 34 ans, ce qui équivaut à 81 ans dans le monde de la course à ski! Honnêtement, ce sont mes entraîneurs, ma famille, mes amis et l’équipe médicale qui ont fait toute la différence. Aucun d’entre eux ne partageait mes doutes, et ils avaient tous pleinement confiance en moi. Leur confiance m’a aidé à entreprendre ma réadaptation. Je leur ai fait confiance, ainsi qu’au processus qu’ils avaient établi. Naturellement, à mesure que je faisais les efforts nécessaires et que mes blessures guérissaient, mes doutes ont commencé à s’estomper.
Après ces blessures et ces épreuves, comment prends-tu soin de ta santé mentale en ce moment?
Je suis un grand adepte de la méditation de pleine conscience. Je trouve que prendre ne serait-ce que cinq minutes pour calmer mon esprit fait toute une différence. Je m’accorde aussi quelques minutes chaque jour pour faire autre chose que du ski de compétition, étudier ou travailler. Pour moi, c’est savourer mon espresso du matin en regardant SportsCentre!
Selon toi, quelle est l’importance de la résilience pour un athlète?
La résilience, la ténacité, la détermination, peu importe le nom que tu lui donnes, c’est la qualité la plus importante que tu puisses avoir comme athlète. Quand tu prends conscience de la force que te donne ta résilience, c’est incroyable jusqu’où elle peut te mener.
Avec ce que tu sais maintenant et les expériences que tu as vécues, que dirais-tu à la personne que tu étais plus jeune?
Profite bien de l’aventure!




