L’histoire de Patrick Chan : Plus qu’assez
« Je mérite de profiter de mes réalisations passées et de celles qui m’attendent. »
Le patineur artistique olympique Patrick Chan revient sur sa carrière sportive. De ses premiers pas insouciants sur la glace jusqu’aux Jeux olympiques, puis à son retour au pays. Les victoires, les attentes, la pression et son message à la prochaine génération.
Mes débuts dans le sport
Quand j’étais enfant, mes parents étaient très actifs dans le sport et m’ont fait découvrir le tennis, le golf, la natation, le taekwondo et, au milieu de tout ça, le patinage artistique. Je suis certain qu’ils essayaient simplement de m’épuiser, mais dès que j’ai commencé à obtenir des écussons, je suis vraiment tombé amoureux du patinage artistique et je n’ai jamais regardé en arrière. À cette étape de ma vie, aller sur la glace, c’était ce qu’il y avait de mieux. Il n’y avait ni pression ni attentes. Ce qui me motivait, c’était la sensation de vitesse. Je n’avais pas à me demander si j’étais à la hauteur : je devais simplement être là et m’amuser.
Le monde du patinage artistique de compétition
Je suis entré dans le monde de la compétition à un très jeune âge. J’avais à peine 11 ans. J’ai délaissé les autres sports pour me consacrer uniquement au patinage, et au lieu de chercher à obtenir des écussons, je visais désormais la reconnaissance dans les compétitions locales et régionales. J’avais maintenant des routines chorégraphiées sur une pièce musicale, et il ne s’agissait plus seulement d’aller vite. Quand je suis seul sur la glace, il n’y a ni entraîneur ni autres patineurs. Je suis le seul à être jugé pour chacun de mes mouvements, et je ne peux blâmer personne. Tout repose sur moi.
Malgré tout, j’avais encore le sourire. Je savourais toujours la liberté que me procurait le patinage, et cette compétition accrue me donnait l’impression de collectionner des écussons comme quand j’étais enfant.
Le parcours olympique
Participer aux Jeux olympiques a fait monter la pression et les attentes d’un cran, car je savais que chaque fois que je mettais les pieds sur la glace, ma performance pouvait changer ma vie. J’ai commencé à me demander : suis-je à la hauteur pour monter sur le podium?
Mon rêve de recevoir cette ovation debout ne s’est pas réalisé à mes premiers Jeux olympiques, en 2010. Huit ans plus tard, au moment de ma dernière performance aux Jeux de PyeongChang, je n’y arrivais pas en champion. J’ai vraiment dû puiser au plus profond de moi-même pour simplement tenter ma chance et, pour la première fois, j’ai délaissé mon épreuve individuelle pour me concentrer sur l’épreuve par équipes. Rien ne vaut une médaille d’or remportée aux côtés de ses amis. Entrer à cette cérémonie d’ouverture, bras dessus, bras dessous avec ses camarades, ses coéquipiers, c’est une sensation incomparable.
Ça, c’était le sommet. La fierté. La communauté. La reconnaissance. Le creux de l’aventure olympique, ça a été le retour à la maison. Tu n’es plus avec tes pairs : tu te retrouves tout seul. La scène n’est plus là, les caméras non plus, et tu te retrouves seul avec tes pensées. Malgré la victoire, je n’avais pas l’impression d’être à la hauteur, loin de là. Je n’avais pas accompli tout ce que je voulais, alors j’ai quitté le patinage artistique de compétition avec un goût amer. J’avais du mal à comprendre mes émotions et j’ai fini par me comparer aux autres.
Le prochain chapitre
Quand j’ai pris la décision de quitter le sport, le prochain grand défi a été ma santé mentale. Ça a été le moment le plus difficile de ma vie. Rien ne m’avait préparé à cette transition. Je ne savais pas qui j’étais sans le patinage et je me demandais quelle était ma place dans le monde. Des questions comme « Est-ce que je vaux quelque chose? » tournaient en boucle dans ma tête. J’avais l’impression que tout ce pour quoi j’avais travaillé si fort ne comptait plus. Et comme j’étais nouvellement père, je n’arrivais pas à croire que j’étais passé des plus grandes scènes du sport professionnel aux changements de couches.
Devenir le père d’Oliver a eu un impact profond sur ma vie. Ça m’a transformé en tant que personne, parce que mes priorités ont changé. Je devais désormais penser à quelqu’un d’autre et faire de lui ma priorité. Ce changement de mentalité a été énorme. Ça m’a rappelé que la vie, c’est l’expérience, pas seulement la performance. C’est trouver la joie à l’état pur. J’ai dû avoir des conversations franches avec ma femme, ma famille et mon thérapeute pour déconstruire les normes et les attentes que j’avais développées au cours de ma carrière sportive. Avec le recul, je comprends que ce ne sont ni les médailles ni l’argent qui comptent, mais les expériences et les gens.
Message aux autres hommes
Dans la société, ces attentes sont énormes. Il est tellement important de donner aux hommes l’espace nécessaire pour avoir des conversations vraies, honnêtes et franches. C’est pourquoi je soutiens Movember. L’organisme crée un espace pour les hommes. Et c’est pourquoi je raconte mon histoire. Je veux qu’Oliver et la prochaine génération puissent parler de leurs émotions et des défis de la vie sans autant de stigmatisation.
Quand j’y repense aujourd’hui, tant de choses merveilleuses se sont produites pendant cette période d’incertitude : je me suis marié, j’ai fondé une famille et j’ai appris à découvrir qui je suis au-delà du patinage. Accomplir de petites choses avec un état d’esprit positif, c’est « plus qu’assez ». J’ai appris à savourer les petites victoires et à me permettre d’en être fier. J’ai passé assez de temps dans ma vie à rechercher la perfection et à être trop critique envers moi-même; je mérite maintenant de savourer mes réussites passées et celles qui m’attendent.
Soutiens Patrick dans sa mission visant à changer le visage de la santé masculine.
