Kurtis Gabriel : faire face aux défaites et en tirer des leçons

Kurtis Gabriel

Kurtis Gabriel

Kurtis Gabriel est un joueur de hockey professionnel qui a su tirer pleinement parti du privilège que lui confère cette tribune. Son engagement envers les enjeux LGBTQ+, la lutte contre le racisme et d’autres initiatives en faveur de l’équité est au cœur de sa vie d’athlète professionnel. Franc, réfléchi et déterminé à apprendre sans cesse, Kurtis n’a jamais reculé devant un défi, sur la glace comme ailleurs.

Kurtis s’est installé dans le fauteuil du barbier pour discuter de l’importance de Movember, de la perte d’un parent, de la santé mentale, de la masculinité et de la façon dont il utilise sa tribune pour faire entendre sa voix.

Que représente Movember pour toi? Quel lien as-tu avec les causes soutenues par Movember?

Les causes soutenues par Movember me tiennent toutes beaucoup à cœur, mais tout particulièrement le cancer de la prostate, la santé mentale des hommes et la prévention du suicide. Mon grand-père a survécu à un cancer de la prostate. Mon père a connu des problèmes de santé mentale qui l’ont amené à développer une dépendance au jeu et, finalement, à s’enlever la vie. J’ai vu beaucoup de gens éprouver des problèmes de santé mentale et je crois que nous avons tous nos propres difficultés. Je suis convaincu que les problèmes de santé mentale touchent d’une façon ou d’une autre chaque personne sur cette planète, tout comme le cancer.


Perdre un parent à un si jeune âge est déchirant et bouleverserait la vie de n’importe qui. Quel impact cette épreuve a-t-elle eu sur toi et sur ta perception de la santé mentale? Comment as-tu appris à composer avec cette perte?

Perdre mon père alors que je n’avais que dix ans a vraiment été une épreuve difficile. Ça m’a enlevé le plaisir que j’éprouvais à pratiquer le sport que j’aimais, le hockey. J’ai perdu beaucoup de confiance en moi, et cette expérience a certainement façonné, pour le meilleur et pour le pire, la personne que je suis aujourd’hui. Mais ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts, et j’ai riposté en gardant en moi la douleur causée par la mort de mon père. Je me disais : « Il ne voulait pas être là pour voir la personne que j’allais devenir. » J’ai donc plutôt utilisé cette douleur et ce deuil comme source de motivation, surtout au hockey. J’étais déterminé à atteindre le plus haut niveau de ce sport. Même si je sais maintenant que ce mécanisme d’adaptation n’était pas le plus sain, c’est ainsi que j’ai personnellement réussi à tenir le coup. Toutefois, mon plus grand soutien a été mon incroyable Mum, qui est devenue à la fois « Mum et papa ». Elle a accompagné mon frère et moi à chaque étape et nous a donné absolument tout ce qu’un parent peut offrir à ses enfants. Je t’aime, maman. Ce n’est que plus tard, grâce au travail remarquable d’organisations comme Movember pour sensibiliser les gens à la santé mentale et combattre la stigmatisation qui l’entoure, que j’ai compris que mon père était malade, et non faible. Il avait besoin de soins, comme toute autre personne atteinte d’une maladie. Cette prise de conscience a complètement changé ma perception de ce qui s’était passé. Je ne ressentais plus le besoin de lui prouver quoi que ce soit. J’aurais seulement souhaité, s’il devait traverser une telle épreuve, qu’il puisse le faire à une époque où l’on parlait plus ouvertement de santé mentale. C’est cette idée qui m’incite à prendre la parole au sujet de ces enjeux très répandus.

Quels mécanismes d’adaptation as-tu intégrés à ta routine de soins personnels au cours des dernières années pour préserver une bonne santé mentale?

Sans aucun doute, le meilleur et le plus important mécanisme d’adaptation pour moi a été les excellentes relations que j’entretiens avec ma famille et mes amis. De ma Mum et ma blonde à mon frère et mes chums, en passant par toutes les autres personnes que je rencontre dans ma vie. J’essaie d’être aussi ouvert que possible et de créer des espaces sécuritaires où les gens qui m’entourent sentent qu’ils peuvent s’exprimer et parler en toute confiance. Parmi les autres mécanismes d’adaptation qui ont fonctionné pour moi, il y a l’activité physique, une alimentation généralement saine, un bon sommeil, la méditation que je continue d’essayer de pratiquer (même si ce n’est pas encore devenu une habitude) et le fait de reconnaître que je ne sais pas tout. Il est vraiment important d’avoir un état d’esprit axé sur la croissance. Tu ne seras jamais parfait; il y aura toujours des moments difficiles. Tu dois simplement l’accepter et continuer d’essayer de grandir.

Tu as déjà parlé de la masculinité dans la culture du hockey. Selon toi, quelle influence les conceptions traditionnelles de la masculinité ont-elles sur le vestiaire et les joueurs?

La vulnérabilité a toujours été perçue comme quelque chose que les hommes ne montrent pas (ou ne devraient pas montrer). Il faut rester imperturbable, faire preuve d’une force calculée et d’une agressivité sans faille. Cette mentalité empêche les gens et les joueurs de parler de ce qu’ils ressentent, par crainte que cela nuise à leur réputation et à leur carrière. Cela dit, j’ai commencé à observer un changement dans le monde du hockey au cours des deux dernières saisons. Lorsque des problèmes de santé mentale surviennent, non seulement les gars sont beaucoup mieux informés et plus ouverts à leur égard, mais les joueurs demandent aussi de l’aide à l’équipe et s’appuient sur leurs coéquipiers et la organisation. La vulnérabilité est de plus en plus reconnue et considérée pour ce qu’elle est : une force.

Avec tout ce que tu sais maintenant et les expériences que tu as vécues, quel conseil donnerais-tu à la personne que tu étais plus jeune?

Si je devais me donner un seul conseil, ce serait de rester plus que jamais fidèle à moi-même et de me rappeler que tout finira par s’arranger. La vie a une drôle de façon de bien faire les choses, peut-être pas comme on s’y attend, mais tout finit par s’arranger quand on s’efforce de rester soi-même. Il m’est certainement arrivé d’en douter.

Pourquoi était-ce important pour toi, en tant qu’homme blanc cisgenre, d’utiliser ta plateforme pour dénoncer les inégalités et donner une voix aux communautés sous-représentées?

Tout simplement parce que nous sommes les oppresseurs. Le groupe dont je fais partie est à l’origine de nombreux problèmes. Je n’ai pas besoin de me laisser submerger par la culpabilité blanche, de me sentir mal ou d’avoir honte de qui je suis. Mais en tant qu’hommes blancs, cisgenres, hétérosexuels et sans handicap, nous pouvons simplement prendre conscience de ce qui s’est passé, nous renseigner sur le sujet et apprendre à contribuer à bâtir un monde meilleur pour les générations futures. Ensemble, nous pouvons désormais nous placer du bon côté de l’histoire.

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Publié le 28 nov. 2021
Mis à jour 31 août 2026

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