Favoriser les liens et le bien-être chez les hommes et les garçons de North Lawndale, à Chicago

Donavan Morris

Chicago Making Connections crée des espaces de jeu sécuritaires grâce à des programs parascolaires d’entraînement et de mentorat dans les quartiers de North Lawndale et de South Lawndale.

Créer des liens pour la santé mentale et le bien-être des hommes et des garçons est une initiative nationale américaine qui vise à renforcer les communautés afin de favoriser le bien-être mental. En partenariat avec Movember, Sinai Health System rassemble des organismes sans but lucratif, des écoles et de jeunes leaders du West Side de Chicago. Ce program de mentorat vise à soutenir les jeunes hommes et les garçons de colour qui grandissent dans un milieu difficile où beaucoup trop d’hommes meurent prématurément.

Chicago Making Connections crée des espaces de jeu sécuritaires grâce à des programs d’accompagnement et de mentorat après l’école dans les quartiers de North Lawndale et de South Lawndale. Ces programs proposent des sports d’équipe comme le basketball, ainsi que du soutien et du mentorat pour aider les jeunes hommes à mieux communiquer leurs besoins, à comprendre leurs émotions et à résoudre des problèmes.

Donavan Morris s’est impliqué dans un program communautaire semblable à l’école secondaire en tant que mentoré. Il est maintenant mentor et aide d’autres jeunes hommes de sa communauté. Voici son histoire :

« Faire partie du program a été une expérience révélatrice pour moi. J’ai commencé comme mentoré au secondaire et, après environ un an, les responsables du program m’ont demandé si je voulais devenir mentor. Ça a été une expérience vraiment inspirante, car je n’avais jamais rien fait de tel auparavant. Le mentorat était quelque chose de complètement nouveau pour moi. Mais même quand on est mentor, on ne cesse jamais vraiment d’être mentoré.

J’ai vécu une expérience vraiment traumatisante au secondaire. Les événements qui se sont déroulés autour de moi ont été très négatifs et éprouvants. Le program Making Connections m’a donné un espace où parler de ce que j’avais vécu et m’en libérer. Et quand j’ai commencé à en parler, ça a été un véritable soulagement.

Comme mentoré, j’ai essayé d’en apprendre le plus possible. J’avais une soif insatiable de sagesse et de connaissances parce qu’au fond de moi, je savais que j’avais toujours voulu aider les gens plutôt que leur faire du mal. Cela dit, on ne peut pas vraiment conseiller quelqu’un sans bien comprendre soi-même ce dont on parle, et mon rôle de mentor a mis tout cela à l’épreuve. J’ai appris que l’une des qualités les plus importantes d’un mentor, c’est de ne pas avoir le complexe du « héros ». Je ne suis pas là pour les sauver, mais plutôt pour leur donner une voix et leur montrer une voie. Parfois, les jeunes ne veulent pas qu’on les sauve; ils veulent simplement qu’on les écoute.

Au sein de la communauté afro-américaine, et plus particulièrement chez les hommes, on peut avoir l’impression d’avoir été façonnés et poussés vers une voie bien précise. On finit par croire que les seules façons de se bâtir une vie meilleure, et les seules portes que la société nous ouvre, passent par le sport ou le divertissement. Je veux que ces jeunes hommes sachent que leurs seuls choix ne se limitent pas à devenir joueur de basketball ou de football. Dans le cadre du program, nous essayons de leur faire découvrir un large éventail d’activités afin d’élargir leurs horizons, notamment toutes sortes de sports, le dessin, les sciences, etc. L’objectif est de leur permettre de tâter le terrain, de découvrir ce qui les intéresse, puis de les encourager et de prendre leurs champs d’intérêt au sérieux, quels qu’ils soient. Je ne dis pas que le sport est inutile; je veux simplement qu’ils sachent que ce n’est pas leur seule option.

Une autre chose que j’essaie vraiment de développer chez ces jeunes hommes, c’est un sentiment d’appartenance culturelle. En tant qu’Afro-Américains, nous avons vu notre culture détruite et une grande partie de notre histoire dénaturée. À tel point qu’aujourd’hui, nous ne savons même plus qui nous sommes. On a l’impression que la seule façon d’améliorer notre sort ou de trouver le bonheur passe par l’argent et, comme je l’ai mentionné plus tôt, par le divertissement ou le sport. Tu peux avoir un talent pour les arts créatifs et choisir cette voie. Si tu veux devenir scientifique ou ingénieur, les possibilités existent. En tant qu’homme afro-américain, je trouve extrêmement puissant de pouvoir avoir ces conversations et de m’appuyer sur mes propres expériences pour aider ces jeunes hommes à prendre conscience des possibilités qui s’offrent à eux. Et ce qui est encore mieux, c’est que j’ai l’impression que le message commence vraiment à faire son chemin.

Le simple fait de donner à ces jeunes quelque chose auquel ils peuvent se sentir liés, par exemple en les encourageant à renouer avec leurs racines, peut aussi avoir une portée immense. Personnellement, mon objectif est d’aider cette génération de jeunes hommes noirs à devenir plus que ce que la société attend d’eux. Et plus précisément, au sein de la communauté masculine, à déconstruire les préjugés qui pèsent sur les hommes. Par exemple, l’idée qu’on doit toujours être forts et qu’on ne peut pas montrer nos émotions. On ne peut pas vivre comme ça. Pleurer ne te rend pas faible. En fait, montrer tes émotions te rend plus fort. Je veux que ces jeunes hommes le comprennent, l’intériorisent et restent fidèles à eux-mêmes. Ces groupes de mentorat sont une façon très positive d’amorcer ce genre de conversations. Je n’ai commencé à m’ouvrir qu’après m’être joint au groupe de mentorat. Maintenant, j’ai l’impression de pouvoir parler ouvertement de presque tout. C’est finalement ce que nous essayons de faire : offrir aux jeunes hommes un espace sécuritaire où ils ne se sentent pas obligés d’avoir des conversations difficiles, tout en leur ouvrant la porte pour qu’ils puissent la franchir s’ils se sentent prêts, au moment où ils le seront.

Le message que je veux transmettre aux hommes de ma communauté, c’est que s’ils ont un jour envie de parler, je suis là pour les écouter. Beaucoup de personnes qui vivent des expériences traumatisantes commencent à se sentir seules ou à croire que personne d’autre ne comprendra ce qu’elles traversent. Quand on entre dans cet état d’esprit, il devient vraiment difficile de demander de l’aide. Quand tu vis quelque chose de traumatisant, ne garde pas tout en dedans. En te confiant à quelqu’un, tu peux te libérer de ce poids. Parfois, le simple fait de mettre des mots sur ce que tu vis t’aide à prendre conscience de ce qui t’arrive et à mieux le comprendre. Comme mentor auprès de Legends of Lawndale, je veux simplement servir d’intermédiaire. Je ne suis pas là pour te changer ni pour te réparer; je suis simplement là pour te guider sur ton chemin et t’aider à faire entendre ta voix. »

Publié le 10 févr. 2021
Mis à jour 31 août 2026

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