Brian McCourt : conversations et expériences intergénérationnelles

Brian McCourt
Partout au pays, de nombreux hommes ont encore du mal à accepter la vulnérabilité, à s’exprimer ou à parler ouvertement de leurs sentiments. Même si notre société évolue, des « normes » sociales dépassées et erronées ne valorisent généralement pas ces traits comme étant « masculins » et encouragent plutôt les hommes à réagir à leurs émotions en « passant par-dessus » ou en « prenant sur eux ».
En tant que père de deux enfants et membre de la communauté LGBTQ+, l’entrepreneur, designer et personnalité de la télévision Brian McCourt cherche à changer cette façon de penser pour ses propres enfants, en leur inculquant dès le départ une nouvelle perspective et en encourageant des conversations ouvertes et honnêtes entre ses proches.
Brian prend place dans le fauteuil du barbier pour parler de son rôle de père, de la coparentalité, de son cheminement pour faire de sa santé mentale une priorité et de bien plus encore.
Pourquoi penses-tu que des organisations comme Movember sont importantes?
Il est vraiment important de sensibiliser les gens aux enjeux de santé masculine. Par exemple, avant Movember, je ne savais pas que le cancer des testicules était l’un des cancers les plus courants chez les jeunes hommes et qu’il pouvait souvent être évité. Je pense qu’il est important de mieux connaître ces enjeux afin de pouvoir en parler ouvertement, prévoir des examens de santé réguliers et éviter des problèmes de santé grâce à un dépistage précoce.
Traditionnellement, les hommes ne sont pas reconnus pour être à l’écoute de leur côté sensible ou pour parler de sujets délicats. De nos jours, les gens se parlent plus ouvertement grâce à des organisations comme Movember, ce qui représente un pas dans la bonne direction pour notre génération et les générations futures.
Comme père de deux enfants, as-tu commencé à réfléchir à la façon dont tu veux parler de santé mentale et d’autres difficultés avec tes enfants?
Quand j’étais plus jeune, j’étais moins conscient de l’importance de la santé mentale. On entendait dire que quelqu’un était triste ou en dépression, mais on ne comprenait pas vraiment ce que ça voulait dire. Avec mes enfants, je pense aux conversations difficiles que je pourrais devoir avoir avec eux, mais je veux leur offrir un espace où ils sentent qu’ils peuvent me parler de tout.
Je pense aussi beaucoup aux difficultés que mes enfants pourraient rencontrer parce qu’ils ont deux mums et un père gai. Est-ce que ce sera difficile pour eux à l’école? Est-ce qu’on va se moquer d’eux? Je suppose qu’il finira bien par arriver quelque chose un jour. Il faut trouver un équilibre entre vouloir les protéger de toute négativité et leur donner confiance en ce que nous sommes en tant que famille, afin qu’ils puissent faire face à n’importe quelle situation par eux-mêmes. Je pense simplement qu’il est important de réévaluer les choses à mesure qu’ils grandissent et d’avoir des conversations ouvertes sur ce qu’ils ressentent. Être fiers ne veut pas nécessairement dire que nous devons être dans les médias, et c’est quelque chose que nous apprendrons à gérer en famille, au jour le jour. Mais pour l’instant, je crois qu’un peu de visibilité peut faire beaucoup pour les familles modernes, les familles en coparentalité et les futures familles avec des parents LGBTQ+.
Quels sont les plus grands défis que tu as rencontrés dans ta vie? Comment les as-tu surmontés?
Je dirais que devenir père a été mon plus grand défi. Je savais depuis mon jeune âge que je voulais être père, mais comme je suis gai, je ne savais pas comment j’allais y arriver. Je suis le plus jeune d’une famille de sept enfants et j’ai adoré faire partie d’une grande famille. J’ai donc toujours envisagé d’avoir des enfants. Pour fonder une famille, il a été essentiel de rester ouvert aux possibilités qui ne correspondaient pas à ce que j’avais imaginé pour moi.
On grandit avec l’image d’une famille idéale composée d’une mum et d’un père mariés, avec des enfants. Pourtant, les familles d’aujourd’hui sont beaucoup plus diversifiées et complexes. Par exemple, on estime que seulement 22 % des ménages en Amérique du Nord sont des familles nucléaires (c’est-à-dire une mum, un père et leurs enfants biologiques). Les autres sont des familles recomposées, multigénérationnelles, monoparentales, homoparentales, avec des parents non biologiques, etc. Cela montre bien que les enfants n’ont pas besoin d’une mum ou d’un père; ils ont besoin d’amour et d’un milieu stable, et de nombreuses configurations familiales peuvent leur offrir tout cela.
Avec une famille et les exigences de ta vie de personnalité de la télévision et d’entrepreneur, quelles ressources t’ont le plus aidé au quotidien?
Je suis vraiment nul pour cacher mes émotions (ce qui est une arme à double tranchant, je suppose). Quand je ressens quelque chose, j’en parle. Ça semble m’avoir permis de nouer des amitiés qui m’apportent beaucoup de soutien dans la vie.
Même si ma relation avec « les mums » — mes coparentes — est centrée sur les enfants, elles comptent aussi parmi mes meilleures amies et m’ont offert un soutien incroyable pendant certaines des périodes les plus difficiles.
De nombreuses familles coparentales sont issues d’une séparation amoureuse, et certaines mènent des vies très distinctes — une formule qui convient très bien à certaines familles. Notre relation de coparentalité a toujours été platonique; nous partageons donc certains aspects de nos vies et avons tracé notre propre voie en fonction de ce qui convient le mieux à notre famille.
Il y a environ 11 ans, ma sœur est décédée d’un cancer. J’ai traversé une période vraiment difficile à la suite de son décès, mais après un long cheminement et beaucoup d’acceptation, j’en ai tiré une leçon sur ma propre impermanence. Je pense tout le temps à la mort, non pas de façon morbide, terrible ou angoissante, mais de façon positive. Je m’en sers comme d’un outil pour prendre du recul et éprouver de la gratitude. J’ai appris plus tard qu’il s’agit d’une pratique de méditation bouddhiste appelée Maraṇasati – qui l’aurait cru!?
Quand la possibilité de devenir père s’est concrétisée, j’ai vraiment eu peur. Je craignais de ne pas être prêt, que mon entente de coparentalité ne fonctionne pas ou de ne pas être à la hauteur. C’est en réfléchissant à cette impermanence que j’ai trouvé la confiance nécessaire pour avoir des enfants dans une situation de coparentalité dont je n’avais aucun modèle et sans vraiment savoir comment les choses allaient se passer. C’était à la fois effrayant et emballant, et il se trouve que c’est la meilleure décision que j’ai jamais prise. D’une certaine façon, j’ai l’impression que c’est à ma sœur que je le dois.
Être père peut être épuisant mentalement — et pour bien des hommes, cela peut précéder des problèmes de santé mentale. Être parent, ce n’est pas facile. C’est pourquoi Movember a lancé Family Man. Family Man est un cours en ligne gratuit conçu pour donner aux parents, particulièrement aux pères, les compétences pratiques nécessaires pour mieux composer avec les situations frustrantes. Son objectif ultime est d’améliorer leur bien-être mental en les aidant à se sentir plus confiants et plus engagés dans leur rôle parental.





