L’humoriste Simon Delisle explique comment la vulnérabilité le rend invincible

« Les hommes doivent se sentir à l’aise de parler quand ils ne se sentent pas bien. »
Simon Delisle sait que faire preuve de vulnérabilité peut te donner un sentiment d’invincibilité. Il parle ouvertement de la maladie auto-immune avec laquelle il vit et de l’influence qu’elle a eue sur sa carrière d’humoriste.
Pour ce qui est de mon propre parcours de santé, il y aurait beaucoup à dire. Pour faire une histoire courte, je suis né avec une maladie auto-immune appelée polyendocrinopathie. J’ai donc des problèmes de santé depuis ma naissance. Je n’ai jamais connu la vie sans la maladie. Elle a toujours fait partie de ma vie.
Ça influence certainement ma façon de voir la vie et mon désir de vivre pleinement, peut-être un peu plus que chez d’autres personnes. Et j’ai toujours été d’avis qu’il fallait en parler et en rire. Ça a toujours été très important. Parce qu’il est important de dédramatiser les choses — pas nécessairement pour les rendre moins importantes, mais pour pouvoir en rire. À la maison, on riait beaucoup de tout. Humour a toujours été un moyen de faire passer des messages et, peut-être, de relâcher un peu la pression pour tout le monde.
Souvent, nous, les gars, même si on vient d’une autre génération, on ressent encore cette pression de rester stoïques : un homme, ça ne pleure pas, ça ne se plaint pas et ça ne dit pas quand ça fait mal. Les gars ont souvent tendance à en prendre beaucoup sur leurs épaules. On se referme sur nous-mêmes, on veut avoir l’air forts, même si on n’est plus à l’époque de nos parents, où il fallait fendre du bois et tout ça. Le genre d’hommes qui ne se plaignent pas et qui ne pleurent pas. Un homme qui ne dit pas quand ça fait mal. Mais il faut qu’on parle. Les hommes doivent se sentir à l’aise de parler quand ils ne vont pas bien, dans tous les sens du terme.
En parler me donne un sentiment d’invincibilité. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai appelé mon spectacle d’humour Invincible. Ça vient de mon vécu. J’ai toujours eu beaucoup de limites dans ma vie — pour différentes raisons, je n’avançais pas au même rythme que tout le monde. Mais d’un autre côté, ça m’a rendu très fort. Je suis solide, je suis résilient et je suis convaincu que lorsqu’on a traversé des épreuves comme des problèmes de santé, les difficultés de la vie nous paraissent moins insurmontables. J’ai mes problèmes de santé, mais pendant l’heure et demie où je suis sur scène, rien ne m’ébranle. À ce moment-là, je suis solide. Je suis au sommet de ma forme quand je tiens un micro et que je raconte des blagues. Je suis extrêmement vulnérable, mais d’un autre côté, je suis aussi invincible.
Il faut que j’en rie. C’est de l’autodérision, mais sans déformer la réalité ni faire comme si ce n’était pas important. Il s’agit de rire des choses, de les voir sous un autre angle. Je pense que cette ouverture a aidé les gars à me parler plus facilement. Je suis peut-être mieux placé pour comprendre un peu les épreuves qu’ils peuvent traverser. Mes amis, ceux qui me sont proches, savent très bien que s’ils ont besoin de parler, de venir me voir ou de jaser, je répondrai toujours quand le téléphone sonne. Je serai toujours là pour eux.
Un de mes amis proches est en plein processus de diagnostic du cancer de la prostate. Il y a quelque chose à apprendre de lui, de sa joie et de sa persévérance. Même lorsqu’il est malade, il continue de faire ce qu’il aime. Et ça rend les gens heureux. L’amour, le rire, tout ça fait du bien. Dès le départ, même pour quelqu’un qui ne pourra peut-être pas guérir, l’amour, la joie, le rire et le bonheur seront toujours un baume, un remède. Ici, un remède peut vouloir dire guérir de quelque chose, mais aussi peut-être en souffrir moins, puis en rire et en pleurer aussi. Je n’ai peut-être pas le luxe de me laisser pousser une moustache pendant Movember, mais je peux faire des blagues pour apporter de la joie et amorcer des conversations. Alors, je vais continuer à le faire pendant Movember et après.




