Discussion sur l’équité en santé avec la Dre Aisha Lofters

Trois hommes assis ensemble

« La vraie clé, c’est de reconnaître qui nous devons inviter à la table. »

Nous nous sommes entretenus avec la Dre Aisha Lofters, médecin de famille à Toronto, scientifique au Women’s College Research Institute, partenaire de la Walnut Foundation et amie de Movember, pour discuter d’équité en santé et de ce qu’il faudrait pour véritablement combler les écarts dans les soins contre le cancer.

Nous nous sommes entretenus avec la Dre Aisha Lofters, médecin de famille à Toronto, scientifique au Women’s College Research Institute, partenaire de la Walnut Foundation et amie de Movember, pour discuter d’équité en santé et de ce qu’il faudrait faire pour véritablement combler les écarts dans les soins contre le cancer.

Peux-tu nous parler de ton travail dans le domaine du cancer et de l’équité en santé?

Je suis médecin de famille, mais je consacre la majeure partie de mon temps à la recherche. Mes travaux portent principalement sur l’intersection entre l’équité en santé, les soins contre le cancer et les soins primaires. Au début de ma carrière, j’ai beaucoup travaillé sur le dépistage et la prévention du cancer, mais depuis quelques années, mes travaux portent sur l’ensemble du continuum de soins contre le cancer.

Plus précisément, en ce qui concerne le cancer de la prostate, j’ai participé à des recherches portant sur les inégalités auxquelles font face les hommes noirs dans les soins liés à cette maladie. Tout ce travail a été réalisé en partenariat avec la Walnut Foundation, un groupe de soutien pour les personnes atteintes du cancer de la prostate qui s’adresse principalement aux hommes noirs. C’est un groupe communautaire extraordinaire qui cherche à offrir du soutien, mais aussi à recueillir des données probantes démontrant la nécessité d’un groupe comme le leur.

Sur quoi tes recherches sur l’équité ont-elles porté?

Le premier projet que j’ai réalisé sur le cancer de la prostate était en fait une étude descriptive fondée sur des données provinciales, qui visait à mieux comprendre l’incidence du cancer de la prostate chez les hommes immigrants provenant de différentes régions du monde. On entend dire que l’incidence du cancer de la prostate est plus élevée chez les hommes noirs. Toutefois, une grande partie de ces données provient des États-Unis et du Royaume-Uni. Au Canada, il existe peu de données fondées sur la race. Il s’agissait de notre premier projet avec la Walnut Foundation, et nous avons constaté une incidence plus élevée chez les hommes originaires des Caraïbes et de l’Afrique de l’Ouest. Cette question de recherche venait vraiment de cet organisme, qui souhaitait disposer de données probantes pour démontrer la nécessité de son groupe.

Mais nous voulions aller au-delà du simple constat d’une incidence plus élevée. Nous voulions mieux comprendre la situation dans son ensemble. Quels obstacles ces hommes rencontraient-ils? La Dre Jackie Bender et moi avons tenu une séance de collecte d’information avec les membres de la Walnut Foundation et avons relevé de nombreuses lacunes dans le système qui pourraient être corrigées. Les hommes ont parlé des préjugés de leurs prestataires de soins, de renseignements et d’options de traitement qui ne leur avaient pas été communiqués, ainsi que des difficultés liées aux effets secondaires du traitement du cancer de la prostate et des informations erronées et trompeuses sur cette maladie.

En ce qui concerne les soins du cancer de la prostate destinés spécifiquement aux hommes noirs, nous venons de lancer un projet dans le cadre duquel nous recrutons des hommes noirs et leurs proches aidants afin de les entendre directement sur leur expérience tout au long du continuum de soins du cancer de la prostate. Nous voulons cerner les lacunes et les obstacles, ainsi que les possibilités d’amélioration. Nous souhaitons ensuite nous appuyer sur ces constats pour informer et sensibiliser la communauté noire, mais aussi pour élaborer des mesures concrètes à l’intention des prestataires de soins et du système de santé.

Le thème de la Journée mondiale contre le cancer, qui a eu lieu plus tôt ce mois-ci, était « Pour des soins plus justes ». Si nous voulons agir pour combler les inégalités en matière de soins contre le cancer dans une perspective d’équité en santé, de quoi devons-nous parler?

Évidemment, nous voulons mettre en lumière les iniquités. Mais je pense que le véritable défi consiste à agir pour y remédier. Nous devons vraiment faire participer les personnes qui ont une expérience vécue. Sans cette expérience, on peut spéculer, s’interroger et formuler des hypothèses sur les lacunes, mais rien ne vaut une conversation directe avec les personnes qui les ont vécues. Nous avons tous des œillères face à certains obstacles systémiques, des réalités que nous ne pouvons tout simplement pas voir parce que nous ne les vivons pas. L’essentiel, c’est de déterminer qui doit prendre part à la discussion. Il ne suffit pas d’inviter une seule personne ou de n’entendre qu’une seule voix : nous devons vraiment repenser les voix que nous écoutons, mais aussi les personnes qui participent à la prise de décisions, afin de veiller à ce que le processus soit véritablement inclusif.

Quelles sont les avancées les plus importantes qui ont été réalisées pour combler les lacunes en matière de soins?

Pour être honnête, je ne pense pas que les écarts se réduisent encore. Mais je crois que l’une des avancées les plus importantes susceptibles de contribuer à les réduire est — aussi simpliste que cela puisse paraître — le fait que nous avons maintenant des conversations ouvertes sur la race. Jusqu’à il y a quelques années, il était très difficile de parler de racisme et de santé, ainsi que de disparités raciales au Canada. On considérait vraiment que c’était « un problème américain ». Par le passé, on parlait des différences chez les personnes immigrantes en les attribuant davantage à leur culture, sans reconnaître que le racisme systémique existe ici. Nous pouvons maintenant nous appuyer sur ces conversations et sur ce discours pour entraîner des changements significatifs.

Si on se projette dans 20 ans, qu’espères-tu pour l’avenir de l’accès équitable aux soins contre le cancer pour tous les hommes?

J’aimerais voir des systèmes et un milieu de soins contre le cancer où tous les hommes se sentent vraiment à l’aise de poser les questions qu’ils souhaitent poser, d’obtenir des réponses qu’ils comprennent, de se sentir les bienvenus dans le milieu de la santé et de ne pas se sentir seuls.

Qu’est-ce qui te motive dans ton travail en faveur de l’équité des soins contre le cancer?

Ce qui me motive, ce sont les partenaires avec qui je travaille. Des gens comme Ken et Anthony, de la Walnut Foundation : entendre leurs histoires et voir leur passion. Le fait qu’une personne puisse avoir traversé cette maladie ou suivre encore des traitements, tout en ayant l’énergie, la passion et la motivation nécessaires pour vouloir faire bouger les choses. Tout ce que je peux faire pour soutenir cette volonté et la faire avancer, c’est ce qui me motive. En général, on dit que le cancer touche une personne sur deux — et je l’ai constaté dans ma famille et chez mes amis —, c’est un problème de santé tellement répandu. Il nous touche tous. Alors, tout ce que nous pouvons faire pour améliorer cette expérience ou réduire ces chiffres, je suis partant.

Publié le 26 févr. 2024
Mis à jour 29 août 2026

Partenaires Promotionnels

Movember soutient toutes les personnes de la communauté LGBTQIA+, y compris les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queers, intersexes et asexuelles. Des disparités en matière de santé existent : les personnes LGBTQIA+ présentent des taux plus élevés de troubles de santé mentale et de discrimination, souvent aggravés par les préjugés au sein du système de santé. Nous défendons le droit de définir sa propre identité, la protection contre la discrimination, une éducation inclusive et des soins de santé respectueux des droits, afin que chaque personne puisse mener une vie saine et digne.

Movember reconnaît la diversité des expériences vécues par les personnes qui composent avec leur santé et leur bien-être, par celles qui les accompagnent et par celles qui nous ont précédés, dont les récits, les luttes et la force ont façonné ce que nous savons aujourd'hui. Nous soulignons l'apport de celles et ceux qui ont généreusement partagé leurs connaissances et leur sagesse avec nous, et nous honorons la mémoire de celles et ceux que nous avons perdus trop tôt. Leurs connaissances, leur point de vue et leur expertise sont essentiels à l'amélioration de la conception, de la mise en œuvre et de l'évaluation de notre travail, et leurs expériences nous rappellent pourquoi ce travail est important.

© 2026 Movember. Tous droits réservés. Movember est une organisation enregistrée en 84821 5604 RR0001