Santé mentale
Comment prendre des nouvelles de ton fils adolescent

Tu sais que quelque chose ne va pas. Le défi, c’est de savoir comment en parler.
Quoi dire, quoi éviter et quand faire appel à des professionnels.
Ton jeune de quatorze ans rentre de son entraînement, laisse tomber son sac dans l’entrée et marmonne « correct » quand tu lui demandes comment ça s’est passé. Ce ton bien particulier qui veut dire : s’il te plaît, ne me pose pas d’autres questions.
Tu as environ trente secondes pour décider de la suite. Tu laisses tomber, parce que les ados sont d’humeur changeante et que ce n’est probablement rien? Ou tu insistes : « Tu es sûr? Tu n’as pas l’air d’aller bien. Qu’est-ce qui se passe vraiment? » Ce qui risque de couper court encore davantage à la conversation. Tu restes là, avec un sentiment d’impuissance. Et quand tu te rends compte que tu as fermé la porte, elle est déjà verrouillée de l’intérieur.
Il y a une meilleure façon de faire. Voici comment choisir le bon moment, quoi dire concrètement, quoi éviter et comment savoir quand il est temps d’aller chercher de l’aide professionnelle.
Avant de dire quoi que ce soit
Ne fais pas ça devant ses amis. Ne le coince pas à table pendant que toute la famille fait semblant de ne pas écouter. Si quelque chose te semble anormal pendant un entraînement ou un match, propose-lui d’en reparler plus tard au lieu d’essayer d’avoir cette conversation sur-le-champ dans le stationnement.
Parfois, la meilleure façon d’amorcer la conversation, c’est d’envoyer un texto. « Je voulais juste prendre de tes nouvelles. » Sans personne autour. Il n’a pas à s’asseoir en face de toi en essayant de deviner la réponse que tu cherches à obtenir.
Et reste toi-même. Tu n’as pas besoin de te transformer en thérapeute ni d’apprendre par cœur un texte trouvé sur Internet. Tu es son parent. C’est la seule qualification qui compte ici. Dis-lui que tu es là pour parler, mais ne l’aborde pas comme si tu avais déjà décidé quel était le problème et que tu attendais simplement qu’il l’admette.
Si tu as déjà parlé de ce genre de choses, même en passant, tu t’es créé sans le vouloir une occasion d’aborder le sujet. Quand quelque chose passe à la télé ou fait les manchettes, tu peux y faire référence sans que ça semble forcé. Un documentaire sur les athlètes et la santé mentale. Une nouvelle. Quelqu’un que vous connaissez tous les deux. Ça ouvre la porte aux conversations difficiles, parce que tu n’abordes pas le sujet sans préambule au moment précis où il compte le plus.
Ton langage corporel compte autant que tes mots. Range ton téléphone. Ta posture en dit plus long que ton vocabulaire, et les garçons adolescents sont étonnamment doués pour savoir si tu les écoutes vraiment ou si tu attends simplement le bon moment pour réciter le discours que tu répètes depuis le déjeuner.
Quoi dire concrètement
Commence par ce que tu as remarqué. Ne tire pas tout de suite de conclusions.
« J’ai remarqué que tu ne passes plus de temps avec untel. Qu’est-ce qui se passe? » fonctionne beaucoup mieux que « Tu es vraiment silencieux ces derniers temps et je m’inquiète pour toi. »
L’une est une invitation. L’autre est un diagnostic. La plupart des ados vont immédiatement supposer que tu penses qu’ils ont un problème et qu’il faut les réparer. Ils vont dire « Je vais bien », et la conversation va s’arrêter là.
Utilise des phrases comme « J’ai remarqué que… ou « Je me demande… », et rattache-les à quelque chose de précis. Une inquiétude parentale vague peut sembler être ta réaction par défaut. En nommant quelque chose de concret que tu as réellement remarqué, tu montres que tu as été attentif. Ça fait toute la différence.

Si quelque chose te semble anormal, c’est probablement le cas. Fais confiance à ton instinct.
Ce qu’il ne faut pas faire
Y aller trop fort, employer un langage accusateur ou utiliser des termes trop formels peut rapidement mettre fin à la conversation.
Si ton enfant est déjà sur la défensive, le simple fait de prononcer les mots « santé mentale » peut l’amener à se refermer immédiatement. Tu peux aborder le sujet indirectement avant de le nommer. Le but, c’est de garder le dialogue ouvert avec un garçon de quatorze ans, ce qui est déjà assez ambitieux sans avoir à te demander si tu utilises les bons termes.
C’est là que bien des parents font fausse route : si tu t’inquiètes, n’attends pas.
L’approche « peut-être que ça va se régler tout seul » est justement ce qui transforme de petits problèmes en problèmes graves. Plus une personne reçoit de l’aide rapidement, meilleures sont les chances que la situation s’améliore.
Et si tu es inquiet, tu peux tout à fait poser directement des questions sur l’automutilation ou les pensées suicidaires. Beaucoup de parents pensent que le fait d’en parler pourrait semer des idées ou aggraver la situation. Ce n’est pas le cas. Si tu soupçonnes quelque chose, pose la question. Ça ne te coûte rien de demander. Mais ne pas demander pourrait tout te coûter.
Quand c’est sérieux
Il arrive un moment où tu cesses d’être la solution et deviens la personne qui trouve la solution.
La plupart des parents ne savent pas trop où se situe cette limite. La voici : plusieurs signes de dépression ou d’anxiété qui représentent un réel changement par rapport au comportement habituel de ton ado, qui durent au moins deux semaines, qui se manifestent la plupart du temps et qui nuisent à son quotidien. Ses résultats scolaires baissent. Ton ado cesse de participer à ses activités sportives. Ses amitiés s’effritent. Son sommeil est perturbé. Son appétit change. Son énergie disparaît.
Si tu observes ce genre de signes, encourage ton ado à consulter un médecin ou un professionnel de la santé mentale. Tu ne peux pas régler ça tout seul.
Si ton ado a parlé d’automutilation, de mort ou de suicide, ou si tu soupçonnes qu’il se fait du mal, demande de l’aide immédiatement.
Voici pourquoi c’est important : environ la moitié de tous les problèmes de santé mentale commencent avant l’âge de quatorze ans. C’est maintenant qu’il faut agir pour obtenir de l’aide rapidement, pendant que ton ado vit encore sous ton toit et que tu as encore une certaine influence sur sa décision d’aller chercher du soutien.
Garder la porte ouverte
Une seule conversation ne réglera pas tout.
La santé mentale, c’est un travail de tous les jours. Continue de créer des occasions d’échanger sans lui donner l’impression que tu le surveilles. Prends de ses nouvelles quand l’occasion se présente naturellement. Sois constant. Reste calme. Sois présent dans les petits moments pour qu’il sache que ta porte est ouverte dans les moments importants.
Et rappelle-toi : tu n’es pas la seule personne dans sa vie qui peut avoir ce genre de conversations avec lui. Les entraîneurs, les enseignants, les amis, les autres parents peuvent aussi le faire. Plus les gens qui entourent ton enfant considèrent qu’il est normal de parler de ces choses, plus il sera susceptible de se confier à quelqu’un quand ça compte vraiment.
Ton rôle est plus simple que tu ne le penses : garde la porte ouverte. Fais ça, et tu en auras fait assez.
Tu traverses une période difficile ou tu t’inquiètes pour quelqu’un? Trouve des ressources de soutien ici.




