L’histoire de Tyler : trouver sa force en passant à l’action

Un jeune homme est assis de façon décontractée dans un salon de barbier au plancher à carreaux noirs et blancs

Mo Bro Tyler Printess

Mois de la sensibilisation au cancer du testicule

Alors que je me dirigeais vers la porte, le technicien en échographie m’a dit doucement : « Ton médecin communiquera avec toi d’ici demain. » C’est à ce moment-là que j’ai su que quelque chose n’allait pas.

Quelques mois auparavant, j’étais parti sur la route avec mon frère dans les Rocheuses canadiennes. Après être resté assis tranquillement dans la voiture pendant des heures, j’ai commencé à ressentir une douleur sourde à l’aine. Sur le coup, je ne m’en suis pas préoccupé, puisque j’étais resté immobile si longtemps dans la voiture et que je pensais avoir adopté une mauvaise position qui causait cet inconfort. Une semaine plus tard, de retour chez moi à Toronto, j’ai constaté que la douleur persistait. J’ai alors décidé de faire un auto-examen et j’ai remarqué une petite bosse. Comme je savais très peu de choses sur les anomalies testiculaires et que je n’avais aucune expérience en la matière, j’ai décidé d’attendre un peu pour voir si elle disparaîtrait d’elle-même… mais ce n’est pas arrivé. J’ai finalement appelé mon médecin de famille et je lui ai parlé de cette bosse au téléphone. Il m’a encouragé à prendre rendez-vous avec lui pour un examen. J’étais nerveux, car j’avais toujours eu une véritable peur de consulter un médecin pour tout examen de mes organes génitaux. Bref, j’avais peur. Je me suis tout de même rendu au rendez-vous prévu, car je connaissais mon corps et je savais que quelque chose n’allait pas. Après un bref examen de dix secondes, mon médecin m’a remis une demande d’échographie.

 

C’était un vendredi d’avril quand j’ai reçu un appel de mon médecin de famille. Le lendemain de mon échographie… Sauf que j’ai manqué l’appel. J’étais occupé à profiter de la journée avec ma meilleure amie pour célébrer son vingt-septième anniversaire. Quand j’ai rappelé, mon médecin de famille n’était plus disponible. Il m’a finalement envoyé un courriel plus tard ce jour-là pour me dire qu’il avait prévu un appel avec moi dès lundi matin. Ça voulait dire que je devais passer toute la fin de semaine à attendre et à me poser des questions. Ma peur était évidente. Quand le lundi est enfin arrivé, j’avais pratiquement tout lu sur Google au sujet des masses testiculaires et j’étais complètement rongé par l’inquiétude. Mon médecin m’a appelé comme prévu et, peu après le début de l’appel, il a prononcé cette phrase : « Je n’annonce habituellement pas ce genre de nouvelle au téléphone, mais nous avons reçu les résultats de l’échographie et il s’agit d’un cancer du testicule. » Je suis resté silencieux au téléphone pendant que mon médecin m’assurait qu’il s’agissait de l’une des formes de cancer qui se guérissent le mieux et qu’il me dirigeait de toute urgence vers un uro-oncologue. Tout au long de cette expérience, mon médecin m’a mis à l’aise et m’a rassuré. J’avais l’impression que tout était pris en charge.

Un certain temps s’était écoulé depuis le redoutable appel téléphonique, et je me suis bientôt retrouvé assis avec mon frère dans une pièce sans fenêtre, à attendre l’arrivée du médecin. J’avais tellement de chance d’avoir mon frère à mes côtés alors que je m’aventurais dans l’inconnu. J’avais vingt-six ans et je n’aurais jamais imaginé me retrouver dans le bureau d’un oncologue. J’étais atteint d’un cancer et j’essayais encore d’assimiler cette nouvelle réalité. Lorsque le médecin est entré dans la pièce, il m’a expliqué les prochaines étapes et toutes les données statistiques. Il était confiant et sûr de lui, ce qui m’a rassuré. Mon cas était particulier : j’étais né avec une affection rare, soit un testicule non descendu. Je n’avais donc eu que le testicule droit toute ma vie, et je devais subir une intervention chirurgicale (orchidectomie) pour le retirer.

Cette perspective me terrifiait. Qu’est-ce que ça voulait dire pour mon estime de moi? Est-ce que je pourrais avoir de nouveau des relations sexuelles? Est-ce que ça aurait l’air bizarre? Les questions se bousculaient sans fin dans ma tête... Heureusement, mon médecin m’a assuré que deux prothèses testiculaires pourraient être implantées pendant mon opération. Ainsi, à mon réveil, une fois guéri, rien n’aurait l’air anormal. À ce moment-là, j’ai poussé un immense soupir de soulagement, mais ce soulagement n’a pas duré longtemps.

Les vingt-six premières années de ma vie m’avaient appris que je pouvais mener une vie saine et normale avec un seul testicule. Mais ce que j’ignorais, c’était comment je pourrais vivre sans aucun testicule. Tes gonades remplissent de nombreuses fonctions, mais deux des plus importantes sont la production de spermatozoïdes et de testostérone. On m’a encouragé à faire conserver mon sperme avant l’intervention, puisqu’après l’opération, je serais infertile. Comme je vivais ouvertement en tant qu’homme gai, je ne m’étais jamais vraiment attendu à avoir des enfants biologiques. Depuis longtemps, je m’étais fait à l’idée que j’opterais probablement pour l’adoption si je décidais un jour d’avoir des enfants. J’ai toutefois choisi de faire conserver mon sperme, car je savais que je traversais une période très chargée sur le plan émotionnel et que je ne voulais prendre aucune décision définitive à ce moment-là. Encore aujourd’hui, je ne regrette rien.

était le jour de l’opération. Comme j’étais très nerveux, j’avais demandé à mon frère de passer la nuit précédente avec moi. C’était ma première opération à l’âge adulte, et je savais que mon corps allait changer à partir de ce jour-là. Nous sommes arrivés à l’hôpital pour 6 h. La COVID demeurait une importante préoccupation de santé, et l’hôpital appliquait des protocoles stricts. Mon frère, qui avait prévu de m’accompagner jusqu’au moment de l’opération, s’est vu refuser l’entrée parce qu’il n’était ni un patient ni sur la « liste des visiteurs autorisés ». J’ai dû trouver seul mon chemin jusqu’à la salle préopératoire. J’aurais pu pleurer à ce moment-là, tellement je me sentais seul et vulnérable. Après mon admission, une foule de membres du personnel infirmier et de médecins sont venus me voir pour me préparer à l’opération. J’ai attendu avec anxiété, vêtu de la tenue complète d’hôpital et agrippé à mon téléphone, envoyant des textos à mes proches jusqu’au dernier moment pour apaiser mon malaise. L’infirmier du bloc opératoire est enfin venu m’accueillir, puis nous avons entrepris ce qui m’a semblé être la plus longue marche de ma vie jusqu’à la salle d’opération.

L’opération a été un succès. Le médecin a confirmé qu’il s’agissait de la forme de tumeur la moins agressive (un séminome) et que la prochaine étape serait de passer une tomodensitométrie et d’autres analyses sanguines. Le médecin avait décidé de procéder à l’opération avant de me faire passer une tomodensitométrie, puisque les marqueurs tumoraux de mon analyse sanguine précédente étaient normaux. La situation était donc moins urgente, car il était moins probable que le cancer se soit déjà propagé. Heureusement, après l’examen, j’ai reçu l’excellente nouvelle qu’aucune autre tumeur n’avait été détectée et qu’il était confirmé que, pour le moment, le cancer ne s’était pas propagé. J’ai officiellement reçu un diagnostic de cancer du testicule de stade 1 et j’ai évité de justesse d’avoir à subir d’autres traitements de radiothérapie ou de chimiothérapie. C’est à ce moment-là que j’ai compris l’importance du dépistage précoce et à quel point il est essentiel de consulter un médecin dès que tu remarques une anomalie.

Près d’un an plus tard, je peux affirmer avec confiance que cette expérience a été l’une des meilleures choses qui me soient arrivées. Je sais que ça peut sembler étrange. Toutefois, j’ai gagné en confiance en constatant que je pouvais traverser des épreuves et en ressortir plus fort. J’ai aussi commencé à suivre quotidiennement une thérapie de remplacement de la testostérone (TRT) afin de compenser artificiellement l’incapacité de mon corps à en produire. Grâce à ce changement, j’ai constaté que ma santé mentale s’était grandement améliorée trois mois après l’opération. En fait, mon médecin m’a dit que les analyses effectuées après l’opération avaient révélé un taux de testostérone parmi les plus faibles qu’il ait jamais vus. Je me suis alors demandé si mon taux avait été faible toute ma vie parce que je vivais avec un seul testicule, puisque j’avais ouvertement lutté contre la dépression pendant toute ma vie adulte.

Je partage mon histoire parce que, lorsqu’on parle de la santé des hommes, il faut l’aborder dans son ensemble. Elle englobe non seulement la santé physique, mais aussi la santé mentale. Mon expérience m’a appris que je peux montrer ma vulnérabilité — même en tant qu’homme — et que je dois défendre mes intérêts et veiller à mon bien-être. Le cancer a changé ma vie, mais pour le mieux. J’espère que davantage d’hommes pourront en dire autant parce qu’ils auront agi après avoir constaté que quelque chose d’inhabituel se passait dans leur corps.

Publié le 10 avr. 2023
Mis à jour 31 août 2026

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