Santé mentale
Éliminer les préjugés entourant la santé mentale des hommes

La stigmatisation pousse trop d’hommes à garder le silence. Il n’est pas nécessaire qu’il en soit ainsi.
Voici un mythe répandu : les hommes ont moins de problèmes de santé mentale que les femmes. En réalité, c’est beaucoup plus complexe que ça.
Les femmes sont plus susceptibles de recevoir un diagnostic de problème de santé mentale. Mais cela s’explique en grande partie par le fait que les hommes sont beaucoup moins susceptibles de chercher du soutien. Cet écart a de réelles conséquences. Les hommes ont plus souvent recours à l’alcool ou aux drogues comme mécanisme d’adaptation que les femmes. Et ils sont plus susceptibles de mourir par suicide.
En vérité, les hommes éprouvent tout autant de difficultés. Ce qui fait la différence, c’est la stigmatisation. Et celle-ci empêche encore trop d’hommes d’obtenir l’aide qu’ils méritent.
Voici pourquoi les hommes ont tant de difficulté à parler de santé mentale, les signes à surveiller et ce que tu peux faire si quelqu’un que tu connais traverse une période difficile.
Pourquoi les hommes gardent le silence sur leur santé mentale
La stigmatisation ne vient pas d’une seule source. Elle s’accumule de toutes parts :
- Pression culturelle : certaines communautés et sociétés considèrent qu’il est honteux de parler de santé mentale ou de consulter un professionnel.
- Pression professionnelle : de nombreux milieux de travail ont fait beaucoup de chemin, mais par le passé, reconnaître souffrir de dépression ou d’anxiété au travail pouvait mettre ton emploi en péril.
- Pression personnelle : toute cette stigmatisation extérieure finit par être intériorisée. Au bout d’un certain temps, les hommes commencent à croire que le fait d’éprouver des difficultés signifie que quelque chose ne va vraiment pas chez eux, au plus profond d’eux-mêmes.
Ajoute à tout cela des idées dépassées sur ce que signifie être un homme, et les obstacles deviennent considérables.
Beaucoup d’hommes, surtout les plus âgés, ont grandi en se faisant dire de ne pas pleurer, de ne pas montrer leurs émotions. Que ça les rendait faibles. Bon nombre d’entre eux ont bâti leur identité autour du rôle de l’homme solide et stable, du pourvoyeur, de celui qui tient le coup. Parler de santé mentale peut leur sembler menacer tout ça. D’autres craignent de perdre la face devant leur patron, leurs collègues ou leurs amis.
La stigmatisation fait du mal à tout le monde
Honnêtement, rien de tout ça n’est facile pour qui que ce soit. Les médias n’aident pas en présentant les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale comme dangereuses, instables ou violentes. Les personnes de tous les genres craignent que le fait de se confier puisse leur coûter une promotion ou que leur famille y voie une source de honte plutôt qu’un problème de santé qui peut être diagnostiqué et traité.
La bonne nouvelle, c’est que la stigmatisation perd peu à peu de son emprise. Les jeunes générations sont de plus en plus disposées à parler ouvertement de santé mentale. Ce changement est important.
La stigmatisation est particulièrement néfaste pour certains hommes
Bien que la stigmatisation touche tout le monde, certains groupes en subissent davantage.
Les hommes racisés sont à peu près aussi susceptibles que les hommes blancs d’éprouver des problèmes de santé mentale, et parfois moins. Cependant, ils sont plus susceptibles d’en subir les effets négatifs à long terme et moins susceptibles d’obtenir du soutien. Cette situation s’explique en partie par les préjugés raciaux présents dans certains systèmes de santé et par le manque de prestataires de soins qui possèdent les compétences culturelles nécessaires.
Les hommes LGBTQ+ sont plus susceptibles de vivre des problèmes de santé mentale que les hommes hétérosexuels et cisgenres, principalement en raison du stress minoritaire et du manque d’acceptation. Ces taux sont particulièrement élevés chez les hommes transgenres. Lorsque la stigmatisation s’ajoute à une identité marginalisée, les obstacles à l’obtention d’aide se multiplient rapidement.
La stigmatisation empêche trop de personnes d’obtenir les soins dont elles ont besoin. Pour commencer à changer les choses, il faut savoir reconnaître les signes et comment en parler concrètement.

Quand les pères prennent soin de leur santé mentale, tout leur entourage en ressent les bienfaits.
Signes que ton ami pourrait avoir besoin de soutien
L’une des raisons pour lesquelles les problèmes de santé mentale ne sont pas diagnostiqués chez les hommes, c’est que les signes peuvent se manifester différemment. Alors que la dépression peut se manifester chez d’autres personnes par de la tristesse ou un repli sur soi, chez les hommes, elle prend souvent la forme d’irritabilité ou de colère. Voici d’autres signes à surveiller :
- Perdre tout intérêt pour des activités qu’ils aimaient auparavant
- S’éloigner des autres
- Un changement notable dans leur façon d’être au travail
- Perte d’appétit
- Changement de poids important
- Des symptômes physiques récurrents, comme des maux de tête ou des problèmes d’estomac
Si quelqu’un que tu connais présente certains de ces signes, il est peut-être temps de prendre de ses nouvelles.
Comment parler de santé mentale avec les hommes
Entamer la conversation peut sembler gênant. C’est normal. Voici quelques conseils qui peuvent t’aider.
Parle de ta propre expérience
Si tu as toi-même vécu une dépression ou de l’anxiété, parles-en. En t’ouvrant, tu aides l’autre personne à faire de même. Tu lui montres qu’elle peut s’exprimer en toute honnêteté.
Informe-toi
Prends le temps de mieux comprendre la santé mentale, ce qui peut causer des problèmes et ce qui peut aider. Pas pour diagnostiquer ton ami (laisse ça aux professionnels), mais parce que ces connaissances te permettront de mieux le soutenir. Elles t’aideront aussi à déconstruire les mythes qui poussent les gens à garder le silence.
Notre compréhension de la santé mentale a beaucoup évolué. Nous en savons maintenant beaucoup plus sur les changements biologiques et chimiques qui l’influencent. Nous savons que la santé mentale et la santé physique sont plus étroitement liées qu’on ne le croyait autrefois. Quand les hommes comprennent cela, il devient un peu plus facile pour eux de prendre la santé mentale au sérieux.
Demande-leur de t’aider
Ça peut sembler contre-intuitif, mais ça fonctionne. Certains hommes sont plus susceptibles de s’ouvrir si tu leur donnes d’abord l’occasion de t’aider. Ça leur évite de se sentir sous les projecteurs. Le tout ressemble alors moins à une intervention et davantage à une conversation à deux. Donne un coup de pouce à un frère en lui demandant de t’aider.
Présente les choses autrement
Si ta voiture tombe en panne, tu l’amènes chez un mécanicien. Tu ne restes pas dans l’entrée en espérant que personne ne s’en aperçoive. La santé mentale, ce n’est pas différent. Quand les hommes commencent à comprendre qu’une grande partie de ce qu’ils vivent a des causes physiques bien réelles, il devient plus facile de l’aborder comme n’importe quel autre problème de santé qui nécessite une attention particulière.
Plus on en parle, plus ça devient normal. Et plus ça devient normal, plus il est facile pour quelqu’un de lever la main et de dire que ça ne va pas.
C’est le changement que nous voulons voir.
Si tu traverses une période difficile, ou si c’est le cas de quelqu’un que tu connais, communique avec un médecin ou un professionnel de la santé mentale. En situation de crise, communique avec une ligne d’aide dans ton pays.




