Le parcours de Dave et Jaymee face au cancer testiculaire

Jaymee et Dave Franknecht
De la découverte d’une masse dure dans un testicule jusqu’au traitement de son cancer testiculaire, Dave raconte son parcours.
C’était une magnifique journée d’octobre 2018. Nous étions en voiture pour aller voir des membres de notre famille lorsque Dave a mentionné, comme si de rien n’était, qu’il sentait une masse dure dans son testicule. Je voyais bien que ça le mettait mal à l’aise, mais tout ce que je pouvais faire, c’était lui poser une foule de questions : quand est-ce que ça a commencé? Qu’est-ce que ça te fait? Est-ce que ça fait mal? As-tu un bleu? Est-ce que tu te l’es cassé? Était-ce même possible? Il n’arrivait pas à répondre à mes questions, ce qui m’a fait comprendre qu’il avait l’impression que quelque chose n’allait vraiment pas.
Comme je suis médecin, j’aime prendre les choses en main le plus rapidement possible et trouver des réponses aux problèmes de la façon la plus précise que je connaisse. Je suis du genre à régler les problèmes et à passer à l’action. Alors, dès le lendemain matin, j’ai commencé à faire des appels pour lui obtenir un rendez-vous avec un urologue. Heureusement, nous avons pu obtenir assez rapidement un rendez-vous avec le Dr Berman. Je savais que je devais l’accompagner pour le soutenir, mais je n’avais aucunement l’intention d’assister à la consultation. On l’a appelé pendant que je m’asseyais dans la salle d’attente, entourée d’un groupe d’hommes, curieuse de savoir ce que Dave allait venir me raconter. Mais peu de temps après, Dave a passé la tête au coin du mur et m’a fait signe de venir le rejoindre.
Nous nous sommes assis dans le bureau du médecin et, sans pouvoir m’en empêcher, j’ai pris la main de Dave. C’est alors que nous avons appris la nouvelle : il avait probablement un cancer des testicules. Je n’arrivais pas à imaginer ce qu’il ressentait ni ce qui lui passait par la tête. Comme je travaille dans le domaine médical, je sais qu’après l’annonce d’un diagnostic grave, le patient n’entend pratiquement plus rien de ce qu’on lui dit. Il lui faut du temps pour assimiler la nouvelle, et sa capacité à absorber l’information en souffre. Je savais que c’était à mon tour de prendre les choses en main et de lui apporter tout mon soutien. J’ai écouté attentivement le médecin tandis qu’il dessinait des schémas, expliquait les prochaines étapes et établissait un plan. Nous savions ce que nous devions faire.
Peu après le rendez-vous de Dave avec l’urologue, nous avons pris les dispositions nécessaires pour qu’il passe des examens d’imagerie et une analyse de sperme, et qu’il rencontre un oncologue au Memorial Sloan Kettering Cancer Centre. Il fallait s’en occuper, et vite. Quelques jours plus tard — des jours qui nous ont paru très longs —, une chirurgie d’un jour visant à retirer la tumeur était prévue. Après cette courte intervention, le médecin est venu me dire que tout s’était très bien passé pour Dave et que la tumeur avait été retirée. Nous étions aux anges! Nous savions que Dave n’était pas encore tiré d’affaire, mais nous étions heureux que l’opération ait été un succès.
Nous avons appris que tout allait bien, et tout se passait à merveille jusqu’à ce que Dave fasse un suivi de routine avec une analyse sanguine en février 2019 auprès de son oncologue au MSK. J’étais au travail quand j’ai vu le nom de Dave s’afficher. Il m’appelle rarement pendant la journée, alors je savais que quelque chose n’allait pas. Les marqueurs tumoraux de Dave étaient en hausse et il allait devoir commencer des traitements de chimiothérapie dès que possible.
Le 11 mars 2019, c’était le premier jour de chimiothérapie. Il y allait tous les jours pendant cinq jours, puis avait droit à deux semaines de repos. Ce cycle a été répété quatre fois. Les infirmières de Dave étaient tout simplement extraordinaires. Elles veillaient à ce qu’il soit à l’aise et aussi détendu que possible. Elles sont devenues comme des membres de notre famille et nous accueillaient chaque jour avec le sourire. Entre le premier et le deuxième cycle, il y a eu une journée qui restera gravée dans ma mémoire pour le reste de ma vie. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment pris conscience de la réalité. Mon mari avait le cancer du testicule. Il perdait ses cheveux. Il m’a dit : « Jaymee, regarde », puis il a passé la main dans ses cheveux et m’a montré l’énorme touffe qu’il tenait dans sa main. Il a ri. J’ai dû retenir mes larmes.
Il m’a demandé de lui raser la tête dans la salle de bain de notre appartement. Je l’ai fait asseoir sur une chaise, j’ai placé une serviette autour de son cou et je lui ai dit qu’il était entre bonnes mains au « Salon Jaymee ». Raser la tête de mon mari a failli me faire craquer, mais il m’a suffi de regarder son visage pour savoir que je pouvais être courageuse. Je devais être là pour le soutenir et l’encourager. J’ai gardé la tête haute et je suis restée stoïque, retenant mes larmes. Quand je pensais à ce que traversait mon homme courageux, fort et beau… S’il pouvait botter le cul au cancer avec le sourire, je pouvais bien supporter une petite coupe de cheveux.
Les 12 semaines suivantes ont été remplies de hauts et de bas, mais en véritable guerrier, Dave a traversé tout ça comme un champion. Je n’aurais pas pu être plus fière d’être sa femme. En tant qu’épouse, il m’était tout simplement impossible de comprendre pleinement ce que mon mari vivait. Après tout, il était question de sa virilité. Au début, c’était extrêmement gênant d’en parler avec notre famille et nos amis. Mais maintenant, ça fait partie de nos conversations courantes. En parler, c’est sensibiliser les gens. En parler ouvertement, c’est faire savoir aux autres hommes qu’il n’y a aucune honte à avoir. Tu dois savoir ce qui est normal pour toi et, si quelque chose change, parles-en.
Une préoccupation qui nous revenait constamment à l’esprit pendant tout ce processus, et qui nous habite encore aujourd’hui, concernait la fertilité. Allions-nous pouvoir avoir des enfants? Est-ce que Dave allait pouvoir produire du sperme viable après l’opération et la chimiothérapie? Les médecins nous ont expliqué les risques et ont demandé à Dave de se rendre plusieurs fois à la clinique de fertilité afin de surveiller son nombre de spermatozoïdes. Au début, Dave trouvait l’expérience plutôt étrange, mais maintenant, il sait à quoi s’attendre. Plus d’un an après la fin de son traitement, les médecins affirment que sa production de spermatozoïdes est revenue à la normale et qu’aucun problème de fertilité n’est à prévoir!
Faire partie de la communauté Movember permet aux femmes comme aux hommes de savoir qu’ils peuvent compter sur du soutien et sur des gens à qui parler. Les Mo Sisters sont tout aussi importantes que les Mo Bros. Nous devons être là pour soutenir nos homologues de Movember qui traversent des moments difficiles, ou même de bons moments, de toutes les façons possibles. Dave n’a plus le cancer depuis près de deux ans maintenant, et nous sommes fiers et honorés de raconter notre histoire pour aider les autres à savoir qu’ils ne sont pas seuls.





