Le Mo Bro Tyler Cowan parle de santé mentale et de masculinité

Mo Bro Tyler Cowan
J’ai toujours été le genre de personne qu’on pourrait qualifier de rêveur — il y a encore tellement de choses que je veux vivre. C’est pourquoi je ne me serais jamais, au grand jamais, imaginé chercher un moyen de mettre fin à mes jours.
Movember a toujours été une cause qui me tient profondément à cœur. En fait, 2020 marque ma neuvième année de participation, et c’est le décès de mon grand-père des suites d’un cancer de la prostate qui m’a d’abord incité à m’engager. Au fil de ma vie adulte, cette motivation n’a fait que se renforcer, puisque la maladie touchait de plus en plus de personnes parmi mes proches. Même lorsque Movember a réorienté ses efforts pour mettre davantage en lumière les initiatives en santé mentale — ce que je trouvais formidable —, la recherche sur le cancer est demeurée au cœur de mes activités personnelles de collecte de fonds. Même si je n’avais jamais reçu ce diagnostic, c’était là toute l’étendue de mon expérience. Par ailleurs, en ce qui concernait la maladie mentale, je m’étais toujours cru à l’abri — comme si, dans une société où tant de gens éprouvaient des difficultés, j’avais réussi à m’en sortir indemne, telle l’exception qui confirme la règle. Bien sûr, la vie finit parfois par nous rattraper d’une drôle de façon…
Vers la fin de 2018, je me suis retrouvé pour la première fois de ma vie dans un état de profonde dépression; cette perte de contrôle m’était inconnue et me terrifiait. J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour m’accrocher à ma propre perception de la « normalité ». Cependant, après avoir passé la majeure partie d’une année à nier ce qui m’arrivait, mon monde a commencé à s’écrouler autour de moi. Ma relation de l’époque a pris fin. Mes liens avec mes proches en ont souffert. En août 2019, j’ai fait une dépression nerveuse et quitté de façon inattendue mon poste de cadre supérieur dans une jeune entreprise de production, renonçant ainsi à ce qui demeure, encore aujourd’hui, le meilleur salaire que j’aie jamais gagné... Je n’ai pas hésité une seconde. J’étais en train de m’effondrer, au point d’être presque méconnaissable aux yeux de mes proches; je n’étais plus que l’ombre de la personne pleine de vie que j’avais autrefois été. Je n’avais encore jamais ressenti un tel degré d’impuissance et, alors que j’avais même du mal à sortir du lit le matin, je me souciais de moins en moins de ce qui allait arriver : mes ressources mentales et émotionnelles étaient complètement épuisées. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à envisager sérieusement le suicide comme une porte de sortie. Et lorsque j’ai enfin pris conscience de ce qui se passait, j’ai été horrifié.
Il existe malheureusement une stigmatisation profondément ancrée autour de la maladie mentale et de la façon dont les gens y font face — surtout chez les jeunes hommes. Le suicide ne m’était pas étranger comme concept; je n’arrivais simplement pas à comprendre comment une situation pouvait sembler si insupportable à quelqu’un qu’elle le pousse à s’enlever la vie. Je m’étais toujours dit : « Jamais je ne laisserais ça m’arriver; je suis plus fort que ça. » Et pourtant, j’en étais là… C’est justement là que réside le problème : la maladie mentale ne fait aucune discrimination. Pourtant, la société nous a conditionnés — particulièrement en tant qu’hommes — à croire que ne pas être capables de régler nos problèmes tout seuls est un signe de faiblesse; que ne pas avoir toutes les réponses diminue notre valeur; que montrer notre vulnérabilité n’est pas attirant; que demander de l’aide menace notre masculinité et que nous devrions donc en avoir honte. Et ça nous tue, littéralement.
Avant que les choses ne s’aggravent autant, je n’avais tout simplement pas la capacité émotionnelle nécessaire pour expliquer ce que je ressentais à qui que ce soit — surtout à mes proches. J’avais peur de la façon dont mes inquiétudes seraient accueillies ou balayées si je les exprimais ouvertement. Je ne voulais pas non plus croire que la situation était vraiment devenue aussi grave, et en parler ouvertement aurait été comme le confirmer : je ne voulais pas que ce que je vivais soit réel et, dans mon esprit, garder le silence empêchait la situation de se concrétiser. Ce que je n’avais toutefois pas compris, c’est qu’en refoulant ainsi mes émotions, je m’étais rendu au bord d’un effondrement catastrophique... Je pense que j’ai finalement réussi à me confier à mes proches parce que je n’arrivais tout simplement plus à cacher ce que je vivais — ce que j’avais fait pendant si longtemps pour me protéger. Ils ont commencé à me poser des questions, et la vérité a fini par remonter à la surface. Et puis, boum — tout était sur la table. Malgré mes craintes initiales, les conversations qui ont suivi m’ont donné le courage dont j’avais besoin pour demander l’aide d’un professionnel. Elles ont amorcé le processus — et, au bout du compte, elles m’ont sauvé la vie.
C’est sans aucun doute une réalité que vivent beaucoup de gars, qu’ils soient capables de l’admettre ou non. Même si nous regardons notre famille et nos amis en nous disant : « Non, pas eux… Ils ne feraient jamais ça. » C’est ce que je pensais de moi-même, et pourtant, me voici. Mon parcours des deux dernières années a vraiment changé ma façon de voir la dépression. Même si j’ai consacré énormément d’énergie à mon propre cheminement, je veux m’assurer qu’une partie de ma guérison consiste à poursuivre mes efforts pour déconstruire les préjugés entourant la santé mentale dans notre communauté et ailleurs. Comme toujours, je fais pousser mon Mo cette année pour sensibiliser les gens et susciter la conversation, mais aussi comme symbole de solidarité. En solidarité avec ceux qui traversent actuellement la tempête, avec ceux qui restent forts pendant que leurs proches vivent cette épreuve et avec ceux qui ont du mal à révéler ce qui se passe réellement derrière le rideau. À toutes ces personnes, je souhaite sincèrement que vous trouviez en vous le courage nécessaire pour dire votre vérité sans honte ni humiliation. En tant qu’hommes, changeons le discours et réaffirmons, pour les personnes des deux côtés de la situation, qu’il est tout à fait correct de tendre la main, de demander de l’aide, d’offrir une épaule à quelqu’un même quand on n’a pas les réponses et de créer un espace sécuritaire pour les gens qu’on aime. Non seulement il n’y a aucune honte à le faire, mais nous devons aussi l’encourager, parce que ça peut réellement sauver des vies. Le fait que je sois ici aujourd’hui en est la preuve.
À tous ces hommes qui parlent davantage : continuez votre bon travail.
Si tu traverses une crise, si tu as besoin de soutien émotionnel ou si c’est le cas d’une personne que tu connais, nous t’encourageons à consulter movember.com/getsupport pour connaître les options de soutien en situation de crise. Pour parler immédiatement à quelqu’un, communique avec ton service de soutien local accessible 24 heures sur 24.





