Le lien, le lien paternel

Dave Busch
Tu peux lire tous les livres que tu veux. Te préparer mentalement pendant des mois. Mais rien ne te prépare à ce sentiment d’impuissance. Ta partenaire extraordinaire est là, au point culminant d’un parcours épuisant de 10 mois, traversant une quantité inimaginable de souffrance physique pour donner la vie, et toi, comme papa, tu es juste... là.
J’étais tellement fier de ma femme, mais je ne pouvais pas m’empêcher de penser que je devrais ressentir quelque chose de plus. Que je devrais sentir un lien plus fort avec ma fille. Que je devrais davantage me sentir comme un père. C’est une pente glissante : tu peux commencer à te sentir comme un mauvais père parce que tu ne ressens pas la même chose que ta femme. Tu vois cet amour véritable, incroyable et indéniable qui les unit, et tu te demandes simplement pourquoi tu ne le ressens pas. Ce n’est pas que tu ne ressens rien, c’est simplement que rien ne pourrait se comparer à ce qu’elles ont vécu ensemble, alors que, pour toi, rien n’a vraiment changé.
Mais pourquoi est-ce que je ressentirais la même chose qu’elle? Je n’ai pas fait ce qu’elle a fait. Je n’ai pas porté ce bébé pendant presque un an, en me battant chaque jour pour lui donner la vie. Même si je le savais, je me demandais quand même pourquoi je ne ressentais pas plus de choses.
Jour après jour. Couche après couche. J’ai appris que le lien d’un père avec son enfant se tisse lentement. Les premières semaines sont difficiles, parce que les signes habituels d’amour et de reconnaissance ne sont pas encore là. Le bébé ne te sourit pas et ne rit pas de tes blagues. Elle ne te fait pas un clin d’œil approbateur quand tu sors la poubelle à couches sans qu’on te le demande. Tu dois simplement continuer à faire ton travail de papa, et ces sentiments paternels grandiront.
Je me souviens de mon premier week-end seul avec elle. J’étais terrifié. Ma femme mène tout ça d’une main de maître, alors je ne savais pas du tout quoi faire pendant 48 heures seul avec mon propre enfant. En la préparant pour une sortie juste tous les deux, j’ai ressenti un regain d’énergie. Et après deux petits retours à la maison pour récupérer le biberon que j’avais oublié, puis la couverture que j’avais oubliée, nous voilà partis à la découverte du monde, juste elle et moi. En poussant sa poussette, j’ai eu l’impression, pendant un instant, de maîtriser la situation. J’avais l’impression de prendre notre relation en main. Elle et moi. Un moment père-fille. J’ai su à cet instant que je devais faire en sorte que ça arrive de plus en plus souvent.
C’est comme ça dans toute relation. Il faut du temps pour créer un lien. Je pensais simplement que devenir père serait différent, que le lien se créerait instantanément. En fait, être père, c’est un engagement à long terme. Il faut y mettre du travail, du temps et des efforts, non seulement pour guider son enfant dans la bonne direction, mais aussi pour bâtir ce lien indéfectible qui durera toute la vie.
Il n’y a rien comme avoir un enfant pour nous faire voir nos parents sous un jour plus humain. Tout à coup, tu prends conscience des sacrifices qu’ils ont faits. Tu réalises qu’ils avaient toute une vie avant ta naissance, tout comme toi avant celle de ton enfant. Je me surprends à demander à mon père à quoi ressemblait sa vie quand j’avais l’âge de ma fille. Il me répond toujours la même chose : « Je sais pas, mon gars, on avançait, c’est tout! » Il a probablement la mémoire en compote parce que je lui ai tapé sur les nerfs toute sa vie. Mon père ne me l’a jamais dit à voix haute, mais je sais qu’il accorde beaucoup d’importance au fait d’être à la hauteur des attentes. Fixe-toi des objectifs ambitieux et atteins-les. Pour moi, ça veut dire investir le travail, le temps et les efforts nécessaires pour être le meilleur fils, frère, mari et père possible.




