Le caporal Daniel Veiras veut changer le discours sur la santé mentale dans les forces armées

Daniel

Cpl Daniel Veiras

Je me suis enrôlé dans l’armée en 2010 comme réserviste dans l’infanterie, et j’ai servi au sein du 48th Highlanders of Canada pendant sept ans. En 2017, j’ai été muté dans la Force régulière et je suis actuellement affecté à la Base des Forces canadiennes Trenton comme pompier.

Le fait est que les militaires et les premiers répondants sont plus à risque de connaître des problèmes de santé mentale et un trouble de stress post-traumatique que la population générale. Toutefois, au cours de la dernière décennie, on s’est éloigné de la vieille mentalité voulant qu’il faille « être un homme » et « endurer sans se plaindre », qui prévalait chez les générations précédentes de militaires et qu’Hollywood avait amplifiée. D’après mon expérience, nous traversons actuellement une période où de plus en plus de gens sont à l’aise de parler de leur santé mentale et encouragent les autres à faire de même.

J’ai la chance de n’avoir jamais moi-même souffert d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT) ou de dépression. Je pense que c’est en grande partie grâce aux cours que j’ai pu suivre dans l’armée. Ils m’ont aidé à reconnaître les moments où quelque chose commence à ne pas aller, à savoir comment m’en sortir et à demander de l’aide aux autres. Mon chef de peloton a aussi joué un rôle essentiel en faisant de notre santé mentale une priorité et en nous offrant un espace sécuritaire où nous pouvons parler de tout ce que nous voulons. Une chose que nous faisons systématiquement à la caserne — et qui fonctionne vraiment bien pour nous —, ce sont les débreffages après les interventions d’urgence. Nous nous réunissons pour parler de ce qui s’est bien passé, de ce que nous aurions pu mieux faire et de la façon dont nous nous sentons tous. Selon la gravité de l’intervention, nous faisons soit un bref suivi, soit une discussion plus approfondie. Je ne sais pas trop comment le décrire, mais il règne à la caserne un esprit de famille comme je n’en ai jamais connu ailleurs. Nous passons tellement de temps ensemble et en savons tellement les uns sur les autres et sur nos familles respectives. Avec ces gens, je me sens assez en confiance pour montrer ma vulnérabilité et assez à l’aise pour avoir ces conversations difficiles. Ce dialogue ouvert a été extrêmement important pour ma santé mentale.

Si je pouvais donner un conseil aux autres premiers répondants, ce serait de comprendre que c’est correct de ne pas aller bien et qu’il est normal d’avoir une réaction psychologique à une situation anormale. Nous voyons des choses auxquelles le grand public n’est pas nécessairement exposé. C’est notre travail, c’est ce pour quoi nous sommes formés. Mais nous sommes aussi humains, et on ne sait jamais vraiment comment on va réagir à quelque chose avant que ça se produise. Il y a des gens qui veulent écouter et faire tout ce qu’ils peuvent pour aider. Même si certaines personnes ne se sentent pas à l’aise de parler à un membre de leur famille ou à leur équipe des difficultés qu’elles vivent, sache qu’il existe d’autres ressources. Dans les Forces armées seulement — puisque c’est le milieu que je connais —, nous suivons des cours chaque année, avant et après un déploiement. Il y a aussi le Programme d’aide aux membres des Forces canadiennes, qui offre des services de counselling à court terme, 24 heures sur 24, aux membres des Forces, à leur famille, à leurs frères et sœurs, etc. Alors, si tu n’es pas à l’aise de parler à quelqu’un que tu connais, tu peux toujours prendre le téléphone et parler à quelqu’un que tu ne connais pas. Une conversation ouverte est tellement importante dans le processus de guérison. De l’aide est disponible.

Publié le 10 nov. 2020
Mis à jour 31 août 2026

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