La douceur est notre plus grande force : l’histoire de Connor

Connor Ross
Ma plus grande force, c’est ma sensibilité. C’est ce que ma femme m’a dit il y a quelque temps, probablement après m’avoir vu pleurer au théâtre pendant que le reste du public profitait d’un formidable numéro musical. C’est ce qui, tout au long de ma vie, m’a poussé à aller vers la personne dans la pièce qui souffrait. C’est une qualité dont je me suis toujours servi pour aider les autres, mais rarement pour essayer de m’aider moi-même.
Il y a un an, je suis retourné vivre aux États-Unis après que la dépression m’a rongé et a plongé mon mariage dans le chaos. J’ai développé des dépendances à tout ce qui me tombait sous la main et je tentais désespérément de me « réparer » en me créant une nouvelle image. En fait, je faisais tout ce que je pouvais pour fuir mes problèmes en montrant à mon entourage qu’ils avaient disparu, alors qu’en réalité, ils ne faisaient que s’aggraver. Je me sentais ainsi de plus en plus perdu et seul, avec l’impression que ces problèmes seraient toujours là. J’ai tenté de m’enlever la vie à deux reprises, dans l’espoir de simplement repartir à zéro en un seul geste. C’est après ma deuxième tentative que j’ai compris qu’un changement majeur s’imposait et que j’avais besoin d’un réseau de soutien pour y arriver.
J’ai emménagé chez mon frère, commencé à faire de l’exercice et établi une routine dans un environnement relativement peu stressant. Peu à peu, j’ai recommencé à trouver un peu de joie dans la vie quotidienne. Puis, j’ai fait quelque chose de radical : à 32 ans, je me suis enrôlé dans l’armée américaine. J’ai décidé que je devais vraiment lâcher les commandes et voir ce qui allait se passer. Bon sang, j’avais vraiment tout essayé. La formation, les soins de santé ainsi que l’endurance physique et mentale que j’allais acquérir au fil du processus semblaient être exactement ce dont j’avais besoin pour commencer à reprendre confiance en moi. En m’engageant, je savais très bien que les prochaines années allaient être éprouvantes, et j’étais prêt à commencer à évoluer.
Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’était de découvrir que ma plus grande force, ma douceur, serait celle que j’utiliserais le plus pendant l’entraînement. Bien sûr, la détermination et la force de caractère étaient importantes pendant l’instruction de base au combat et l’entraînement individuel avancé. Comme infirmier de combat, je savais que ma compassion m’inciterait à mieux prendre soin de mes camarades, mais je ne pensais pas que ma douceur et ma bienveillance seraient aussi utiles entre les exercices. À plusieurs reprises, des soldats se sont tournés vers moi pour exprimer leur douleur intérieure, leur souffrance et leur crainte de voir leur santé mentale se détériorer, ainsi que ce que cela pourrait finir par les pousser à faire. Que ce soit parce que j’étais beaucoup plus âgé, que j’avais fait des études universitaires ou que je me comportais généralement comme le « vieux » de la caserne, ces gars pensaient que j’étais la meilleure personne à qui parler. Cela dit, je sais que je suis assez facile d’approche et que je suis une personne attentionnée. Grâce à ma propre expérience, je sais que lorsqu’une personne souffre de dépression, le simple fait de se sentir vue et comprise, et de sentir que ses émotions et ses pensées sont comprises, constitue une étape cruciale pour y faire face.
Trop souvent, ils semblaient n’avoir personne d’autre à qui parler. Pourquoi? Parce qu’ils n’avaient vraiment personne? Bien sûr que non. En fait, ils avaient trop honte d’en parler à qui que ce soit d’autre. Et c’est ce que je veux changer.
Trop souvent, nous n’écoutons pas vraiment. Nous ne sommes pas pleinement présents pour l’autre, à l’écoute de ses sentiments et de ses émotions, en reconnaissant la validité de ses pensées et en accueillant ses difficultés. Nous cherchons plutôt à trouver rapidement une solution à ses difficultés pour pouvoir recommencer à nous préoccuper de nos propres problèmes. Nous ne faisons pas assez de place à sa douleur et ne la reconnaissons pas, pas plus que nous lui permettons de simplement la vivre et de la ressentir pleinement afin de pouvoir l’assimiler et, un jour, la surmonter. Nous nous offrons rarement ce soutien les uns aux autres, et jamais assez souvent.
Alors, s’il te plaît, je t’en supplie, essaie ce qui suit avec tes amis, ta famille, ton conjoint, ton partenaire ou ton colocataire :
1. Sois patient
2. N’essaie pas de régler leurs problèmes, parce que tu ne le peux pas et que ce n’est pas ce qu’on te demande. Donne-leur plutôt l’espace nécessaire pour se sentir suffisamment en sécurité et à l’aise pour s’ouvrir et commencer à surmonter leur douleur.
3. Fais preuve de bienveillance (envers eux et envers toi-même)
4. Rappelle-leur (et rappelle-toi) que tout ce qu’ils ressentent n’est que temporaire et que, avec le temps, ça finira par passer. Au lieu de te fâcher ou d’être déçu, rappelle-toi que nous sommes tous humains et que nous faisons tous des erreurs.
5. Sois ouvert et disponible
6. Cette étape est peut-être la plus difficile, car elle nous demande de faire une pause et de nous donner de l’espace les uns aux autres, de mettre le temps de côté et de simplement laisser libre cours à nos émotions et à nos sentiments. Et ce n’est pas seulement pour les autres, mais aussi pour nous-mêmes. Accorde-toi le temps et l’espace dont tu as besoin pour commencer à démêler certains de tes sentiments afin d’amorcer ta guérison.
Nous ne pouvons plus rien faire pour une personne qui n’est plus là. Nous ne pouvons pas revenir sur ce que nous avons dit ou n’avons pas dit. Alors, commençons dès maintenant à aider les autres, et à nous aider nous-mêmes, à relâcher un peu la pression, à apprendre à rire malgré la douleur et à commencer à guérir avec le temps. Ça ne se fait pas d’un seul coup, mais chaque jour peut nous apporter de petites victoires qui, ensemble, nous permettent d’entrevoir un avenir où la gratitude remplace le découragement et où nous avons hâte de grandir et de nous épanouir dans cette aventure qu’on appelle la vie.




