L’histoire de Patrick : réflexions d’un nouveau papa

Patrick Chan
Patrick Chan raconte son parcours en santé mentale
J’ai l’impression que ma vie a complètement changé depuis le début de la pandémie.
J’ai pris ma retraite du patinage artistique de compétition, j’ai changé de carrière et je suis retourné aux études pour obtenir mon licence en immobilier, et ma femme et moi avons accueilli notre merveilleux fils dans nos vies.
Avoir un bébé a été vraiment emballant, mais c’est un très, très grand changement, et tout continue d’évoluer constamment — même en ce moment. Même si ça a été une magnifique aventure, le chemin a aussi été très flou, brumeux et rempli d’incertitudes.
Il y avait une certaine stabilité à savoir de quoi mon avenir serait fait : continuer à patiner et rester avec ce groupe. Mais lorsque la pandémie a frappé, mon plan sur cinq ou dix ans est devenu un plan sur deux ou trois ans. Je suis passé d’une vie d’athlète professionnel, rythmée par l’entraînement et les voyages, à celle d’un parent avec des responsabilités, qui doit aussi penser à une autre personne. Ça a été un grand changement de mentalité, surtout avec autant de bouleversements en si peu de temps. Et ces changements ont fait naître la peur et l’anxiété, au point de me demander : « Qui suis-je? »
Élever un bébé a fait ressortir le meilleur de moi, mais aussi le pire. Beaucoup de choses ont refait surface — mon enfance, la façon dont j’ai été élevé, ma carrière et mon avenir. Pendant les premiers mois, j’ai réagi brusquement à certaines situations. J’étais stressé. Ma femme s’en est rendu compte et m’a aidé à parler davantage, tout en veillant à ce que nous prenions régulièrement de nos nouvelles. Pour y voir plus clair, j’ai cherché un thérapeute à qui parler. Quelqu’un qui pourrait m’aider à comprendre pourquoi je réagis d’une certaine façon dans telle ou telle situation. Pourquoi cela fait-il naître ce sentiment en moi? Pourquoi est-ce que je me réveille parfois avec un sentiment de lourdeur et sans motivation? Je pense qu’une grande partie de la peur et de l’incertitude vient du fait de ne pas savoir et de se sentir perdu.
Ma femme est très ouverte sur le plan émotionnel. Mais dans la famille où j’ai grandi, comme tout au long de ma carrière d’athlète professionnel, il n’était pas très courant de parler de mes émotions ou de mes difficultés. Parfois, on a l’impression qu’il n’y a jamais de bon moment pour avoir une conversation où l’on se montre vulnérable. Mais tu sais, ce bon moment ne viendra peut-être jamais. Ton esprit te jouera des tours et t’aidera à trouver des façons de remettre la conversation à plus tard. Pour ma part, je m’efforce de m’ouvrir davantage, de parler de ce que je ressens et de ce que je traverse. Même s’il n’y a pas de solution (j’aimerais que ce soit toujours aussi simple!), au moins, on en parle.
C’est tellement important pour moi de mieux comprendre mes émotions, de savoir ce qui se passe dans ma tête et de ne pas tout enfouir. Je veux apprendre à parler à mon fils et à répondre à ses questions, pour être là s’il traverse un jour ses propres difficultés.
Dans ma génération, beaucoup de parents étaient rarement à la maison. On entend tellement d’histoires où, pour un père, aimer voulait dire subvenir aux besoins de sa famille, travailler et y consacrer de longues heures pour qu’elle soit heureuse et en sécurité. Mais au bout du compte, sa famille avait besoin de lui. J’ai vu tellement de dynamiques familiales brisées par un manque de connexion. Mon père était peut-être moins ouvert à avoir ce genre de conversations. Mais moi, je veux prendre le temps de m’asseoir avec mon fils, de lui parler de ce que je vis et de m’ouvrir à lui, parce que lorsqu’il verra que je suis à l’aise de montrer ma vulnérabilité, il comprendra qu’il peut en faire autant.
J’adore entendre d’autres personnes raconter des histoires semblables à la mienne, que ce soit au sujet de leur premier enfant, des difficultés qu’elles ont vécues ou d’un changement de carrière. Ça fait du bien de les entendre, parce qu’on se dit : « Dieu merci! Je ne suis pas la seule personne à vivre ça. » Parfois, quand tu traverses des moments d’anxiété aussi effrayants, tu peux te sentir vraiment seul.
Tant de choses ont changé dans ma vie au cours des dernières années. Par moments, j’ai eu du mal à comprendre ce qui m’arrivait et à garder les pieds sur terre malgré ces épreuves. Mais j’ai trouvé mon équilibre en me concentrant vraiment sur ce qui se trouve juste devant moi : de nouveaux défis, de nouvelles possibilités, le soutien de ma femme et l’avenir prometteur de notre fils. Nous vivons dans un monde si occupé et rempli de distractions qu’il peut parfois être inconfortable de rester dans le silence. Mais quand tu t’accordes, ou que tu accordes à quelqu’un, la possibilité de s’exprimer et que tu crées un environnement où chacun se sent à l’aise — en prenant le temps et en faisant preuve de patience — tout le monde peut en profiter, apprendre et grandir.
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