L’histoire de Karl : ce que signifie pour moi être un homme bien

3 photos du même homme au fil du temps

« Pour être un homme bien dans ce monde, il faut aussi être bon envers soi-même. »

Ce Mo Bro de Vancouver a appris qu’un homme bien doit aussi prendre soin de lui-même. Après avoir franchi la ligne d’arrivée d’un marathon, Karl nous rappelle, par son histoire inspirante, que le changement ne se fait pas du jour au lendemain, mais que chaque course commence par un premier pas.

Un homme bon apaise son esprit afin d’écouter la vérité qui résonne dans son cœur.

On m’a appris à être le genre d’homme qui garde ses problèmes pour lui. Celui qui cache ses véritables émotions derrière des sourcils froncés et un regard perdu dans le vide. Quelqu’un qui offre son soutien, mais qui garde ses distances. On m’a appris à être entêté, à rester campé sur mes positions et à garder la tête baissée, sans me soucier des préoccupations des autres. Si tu ressens de la tristesse ou de la colère, laisse ça derrière toi. Ravale tout. J’ai commencé à remarquer, dans ma famille, un lien étroit entre le refoulement des émotions et toutes sortes de consommation excessive et d’abus de substances.

Comment mon parcours de vie et Movember se rejoignent

Je connais Movember depuis des années. Chaque année, quand novembre arrivait, je voyais des gens commencer à se laisser pousser la moustache. J’ai même essayé une année, même si, pour être honnête, je ne savais pas vraiment pourquoi je le faisais. Cette année, j’ai relevé le défi de mon premier marathon, une étape marquante dans ma vie, et je voulais profiter de l’occasion pour encourager d’autres hommes ayant vécu des expériences ou grandi dans un milieu semblables aux miens à faire de même. Je me suis donc associé à Movember pour amasser des fonds et transmettre ce message.

Le chemin qui m’a mené jusqu’ici a commencé il y a longtemps et m’a amené à me poser beaucoup de questions difficiles pour arriver à reconnaître ce qui devait changer dans ma vie. Nous nous penchons tous un peu sur nos origines, sur l’histoire de notre famille. D’où venaient nos parents? D’où venaient nos grands-parents? Et j’ai commencé à remarquer une tendance marquée dans la santé physique et mentale des hommes de ma famille : un manque de soins personnels et de mots pour exprimer leurs émotions aux personnes qui les entourent, ce qui entraînait de la colère et de la frustration, ainsi qu’un sentiment d’isolement et d’incompréhension.

En vieillissant, j’ai commencé à travailler sur moi-même et à me regarder longuement dans le miroir, pour finalement comprendre que j’avais du mal à aimer l’homme que j’y voyais. En regardant autour de moi, j’ai commencé à prendre conscience de l’influence considérable qu’avaient les modèles masculins dans ma vie : mon père, mon oncle, les dirigeants de notre congrégation locale, les hommes à la télé.

J’ai donc pris la décision consciente de devenir un bon modèle masculin, tant pour moi-même que pour les hommes qui m’entourent. En cherchant des organisations qui partageaient réellement cet objectif de redéfinir ce qu’est un homme bien, j’ai redécouvert Movember, et ça m’a semblé être un choix tout naturel.

En tant que jeune Blanc ayant grandi en banlieue, tout près de Toronto, dans une famille catholique romaine et témoin de Jéhovah, on m’a présenté un modèle bien précis de l’homme et de la masculinité, que j’ai suivi sans jamais le remettre en question. Mais je ne voyais pas comment ce modèle de vie pouvait mener au bonheur ou au bien-être. Les modèles qu’on m’avait donnés ne correspondaient pas au monde dans lequel je voulais vivre; aucun d’eux n’aimait même le monde dans lequel nous vivons. J’ai alors compris à quel point il était important de changer ce modèle et de faire ce travail pour moi-même et pour les autres hommes autour de moi.

L’homme qu’on m’a appris à être

Que ferait un homme bon? Ces six mots sont devenus une question qui me guide lorsque je cherche la voie à suivre face aux décisions difficiles et moralement éprouvantes de la vie. Est-ce qu’un homme bon ferait ça? Je peux vous dire que cette question facilite grandement la vie d’un homme… mais j’ai d’abord dû refaire un parcours long et difficile pour comprendre ce qu’est un homme bon.

Tout cela a commencé à faire partie de mon mode de vie dès mon plus jeune âge. À cinq ans, j’étais le plus gros enfant de ma classe; à six ans, j’étais le plus gros enfant que je connaissais; et à dix ans, on m’a déclaré atteint d’obésité morbide. Mon enfance a été très difficile, et mes parents ont fait de leur mieux malgré leurs grandes limites et les exemples qu’ils avaient eux-mêmes reçus. J’essayais constamment d’échapper au cycle de la violence par tous les moyens possibles. Cela a fini par se transformer en un trouble alimentaire qui a mis ma vie en danger, mon poids atteignant 352 lb à 17 ans. Reprendre le contrôle de mes habitudes alimentaires et d’activité physique a été la première étape, la première victoire dans mon parcours pour devenir l’homme que je voulais vraiment être : discipliné. À 19 ans et après avoir perdu 160 lb, j’avais enfin un corps que je reconnaissais. J’ai quitté mon milieu familial et j’ai enfin volé de mes propres ailes. C’est alors, en faisant mon entrée dans le monde, que j’ai compris que le travail ne faisait que commencer.

À 24 ans, j’ai tenu la main de mon père pendant qu’il rendait son dernier souffle sous assistance respiratoire. Il souffrait d’une cirrhose du foie causée par des décennies d’abus d’alcool, une maladie qui lui a été fatale uniquement parce qu’il avait choisi de ne dire à personne qu’il était mourant — il a enfoui ses émotions jusqu’à la toute fin. Le lendemain, en regardant le verre et la cigarette que je tenais, j’ai compris à quel point l’homme qu’il était correspondait à celui qu’il m’avait appris à devenir. « Garde tes problèmes pour toi, prends une bière seul pour oublier, pour tout enfouir, continue d’avancer, tout le monde compte sur toi. » Nous, les hommes, portons ces histoires dans notre tête et notre cœur chaque jour, et elles façonnent notre façon d’être jusqu’à notre dernier souffle.

Le changement ne se fait pas du jour au lendemain

Nous avons tous la chance de vivre un parcours vraiment magnifique dans le corps qui est le nôtre, avec les défis uniques qu’il comporte. Après avoir passé les premières années de ma vie aux prises avec le refoulement de mes émotions et l’obésité, je me souviens qu’à 19 ans, j’avais enfin un corps capable de sauter et de courir; j’avais trouvé en moi la discipline nécessaire. Dans les moments difficiles, nous revenons à notre entraînement, aux habitudes que nous cultivons quand personne ne nous regarde. Pour mon père, c’était l’alcool. Pour moi, c’était désormais le mouvement et l’exercice. Ça m’a ouvert les portes du monde d’une façon que je n’avais encore jamais ressentie. Et c’est ce qui m’a amené à la course.

Le changement se produit très rarement du jour au lendemain, au point où tu te réveilles soudainement transformé. Bien plus souvent, il prend la forme d’un petit geste que tu poses chaque jour et qui, au fil du temps, fait de toi une personne différente grâce aux choix que tu as faits. Être capable de courir a été une étape marquante pour moi, parce que, quand j’étais enfant, ça me semblait impossible. J’ai commencé par courir jusqu’au bout de la rue, puis un kilomètre, deux, puis cinq. Je n’oublierai jamais mon premier 10 km. Et un jour, peu de temps après cette première course dans mon quartier, j’épinglais mon dossard pour mon premier demi-marathon.

Au cours de la dernière année, j’ai décidé de courir mon premier marathon complet pour la santé mentale des hommes, en commençant par la mienne, puis de profiter de l’occasion pour recueillir des fonds et sensibiliser les gens à la cause de Movember. Pour me préparer à ce nouvel objectif, je devais faire preuve de discipline, établir une routine et me fixer des objectifs. J’ai la chance d’avoir une carrière au cinéma et à la télévision où l’on peut se lancer et parfois trouver ses repères une fois sur place. Cette approche ne fonctionne pas pour les marathons, du moins pas pour moi. J’ai donc dû établir un plan et m’y tenir.

Je ne pense pas qu’il faille courir des marathons pour être un homme bien, mais pour être un homme bien dans ce monde, il faut notamment prendre soin de soi.

Ça veut dire trouver un objectif qui te tient à cœur et faire chaque jour un tout petit pas pour l’atteindre. Pour mener une vie saine et épanouie, il suffit surtout d’être présent. Et nous devons absolument commencer par être présents pour nous-mêmes. Un homme bien sait apaiser son esprit pour écouter la vérité qui résonne dans son cœur. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui ne savait vraiment pas quoi faire ensuite. La suite peut sembler intimidante et comporter des éléments que tu ne comprends peut-être pas tout à fait, mais être un homme bien envers toi-même et les hommes qui t’entourent, c’est rester fidèle à toi-même.

L’aventure se poursuit avec Movember

En réalité, on ne peut courir un marathon que pour soi-même. Mais j’ai trouvé très encourageant et très motivant de courir ce marathon non seulement pour moi, mais aussi pour recueillir des fonds pour la santé mentale des hommes par l’entremise de Movember. Pendant mon entraînement, des hommes m’ont contacté pour me dire : « Je comprends ce que tu ressens, je ressens la même chose. » Ça m’a vraiment rappelé que nous sommes tous dans le même bateau et que nous avons besoin les uns des autres. Ça comptait beaucoup pour moi de trouver une organisation comme Movember avec laquelle je pouvais m’associer, recueillir des fonds et mobiliser du soutien afin de favoriser la création, partout dans le monde, d’un plus grand nombre de communautés qui encouragent les hommes à passer de « Je ne pourrai jamais faire ça, mais j’aimerais tellement en être capable » à « Je vais faire mon premier pas. »

J’espère que l’argent recueilli pendant Movember servira à créer des espaces et des milieux où les hommes se sentent à l’aise d’être eux-mêmes et de s’exprimer d’une façon qui leur permet de se sentir revigorés, écoutés et compris. Et qu’ils en ressortent en ayant l’impression d’être une meilleure version d’eux-mêmes, plus en accord avec qui ils sont.

Il y a quelque chose d’ironique dans cette culture créée par des hommes pour des hommes, selon laquelle il faut ignorer ses faiblesses pour être fort. Comme si ça avait du sens?! C’est plutôt en nous attardant aux aspects de nous-mêmes qui ont le plus besoin d’attention et en en prenant soin que nous pouvons devenir plus forts et plus aptes. Une part importante de mon parcours a été de faire preuve d’une honnêteté radicale et de parler ouvertement des choses dans lesquelles je ne suis pas bon. Je sais que je vais me tromper. Je vais faire des erreurs. Mais je peux le dire sans malaise, sachant que reconnaître une faiblesse est littéralement le premier pas vers une nouvelle force.

Parle ouvertement de ton état émotionnel avec les autres, assume ta place dans ce monde et les conséquences de tes choix, honour la santé et la vitalité de ton corps et traite-le avec amour et bienveillance. Et quand tu sais quel choix est le plus sain et le plus honorable, écoute-toi. Confie à un autre homme une difficulté que tu traverses ou un objectif qui te tient profondément à cœur et qui te fait peur. Tu seras agréablement surpris par la bienveillance et l’accueil que tu recevras.

Et surtout, sois radicalement honnête envers toi-même. Tu es capable de grandes choses.

Publié le 30 janv. 2024
Mis à jour 31 août 2026

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