L’histoire de Derek : gravis des montagnes, ne les porte pas

Un homme vêtu d’une combinaison de cyclisme orange monte à vélo sur une longue route du volcan Haleakalā, à Maui. Il est si haut qu’il se trouve au-dessus des nuages.

Derek Davis relève le défi Everesting sur le volcan Haleakalā

Un défi Everesting à Hawaï pour Movember

Ma femme et moi avons visité Haleakalā en 2010. On nous avait dit que c’était l’un des dix plus beaux levers de soleil au monde, alors nous savions qu’il fallait absolument le voir. La vue est incroyable : à environ 10 000 pieds d’altitude, on se retrouve au-dessus des nuages. En redescendant, notre guide nous a montré un gars qui montait le volcan à vélo, alors nous l’avons encouragé. Il s’est tourné vers nous et nous a dit : « Vous allez dans la mauvaise direction. » Sur le coup, ce n’était qu’une remarque qu’un inconnu m’avait faite. Mais plus tard dans ma vie, elle n’a cessé de me revenir à l’esprit. Cette idée de suivre le mauvais chemin.

J’étais ambulancier paramédical. Tout tournait autour des autres. Que pouvais-je faire pour changer la vie d’une personne à ce moment-là? Je côtoyais constamment des hommes aux prises avec des problèmes de santé mentale, qui souffraient souvent en silence. En 2019, mes propres difficultés de santé mentale ont pris le dessus lorsque j’ai reçu un diagnostic de trouble de stress post-traumatique (TSPT).

J’avais pris pleinement conscience que mes collègues disparaissaient tout simplement. Un jour, ils ne se présentaient plus au travail, et on ne savait jamais où ils étaient ni ce qui leur était arrivé. C’était parfois en raison de blessures physiques, mais aussi, très souvent, de problèmes de santé mentale. Et comme ceux-ci étaient fortement stigmatisés, personne n’en parlait. Personne ne voulait reconnaître la situation, parce que dès qu’on le faisait, on commençait à se sentir vulnérable — comme si ça pouvait nous arriver à nous aussi. Comme si ça pouvait nous terrasser à tout moment.

J’ai commencé à me demander : « Comment puis-je devenir plus résilient? », parce que je me rendais compte que tous les premiers répondants finissent par vivre quelque chose de semblable s’ils exercent ce métier assez longtemps. J’avais besoin d’outils pour y faire face. J’ai parlé à ma femme et je lui ai expliqué ce qui se passait. Je me suis mis à méditer, à consulter un psychologue et à réfléchir à ma propre santé mentale. Jusque-là, je m’étais contenté de tenir le coup et de continuer, mais j’ai compris que j’avais besoin d’une pause. Vivre ces expériences et continuer malgré tout me menait dans la mauvaise direction. Ignorer les problèmes me menait dans la mauvaise direction. Et continuer à travailler comme ambulancier paramédical alors que ce métier me détruisait me menait dans la mauvaise direction. J’ai donc compris que je devais quitter mon milieu de travail et cette voie professionnelle pour emprunter un nouveau chemin, vers le sommet de la montagne.

Le 12 septembre 2022, je suis retourné à Haleakalā pour relever un défi Everesting afin de sensibiliser les gens à la santé masculine, à la santé mentale et à la prévention du suicide. Il s’agit de gravir à vélo l’équivalent de la hauteur de l’Everest, soit 29 000 pieds. De l’entraînement au parcours lui-même, ce défi n’a pas été sans embûches.

Lors de mon premier jour de retour à Maui, je me suis rendu compte qu’une pièce essentielle de mon vélo était brisée. J’ai donc dû trouver en catastrophe un vélo que je pourrais utiliser pour commencer l’aventure. Ce premier jour-là, nous avions atteint environ 7 000 pieds au lever du soleil. Le lever du soleil à 7 000 pieds est magnifique, mais ce n’est que la première partie du parcours. C’est à 7 000 pieds que commence la deuxième partie du parcours. Tu commences à ressentir le manque d’oxygène et les effets de toute l’énergie que tu as déployée jusque-là. Lorsque j’ai terminé ma deuxième ascension du volcan, nous étions rendus environ à mi-chemin de l’équivalent de l’Everest. Mais à ce moment-là, j’ai dû mettre fin à ma journée. Mon corps ne pouvait pas aller plus loin. Nous sommes donc redescendus, sans savoir ce que le lendemain nous réservait.

Le deuxième jour, je me suis réveillé à 3 h du matin, prêt à repartir. Il pleuvait à verse, mais nous avons repris là où nous nous étions arrêtés et avons atteint le sommet, au-dessus des nuages. En redescendant, j’ai traversé une nappe d’eau de rivière qui recouvrait la route, fait de l’aquaplanage et fini par avoir un accident. Tous ces défis ont commencé à me rappeler ceux que je dois surmonter dans ma propre vie avec le trouble de stress post-traumatique (TSPT). Tu penses être en train de franchir la colline, puis tu te rends compte que tu es encore loin du sommet et que tout ce que tu vois, c’est le chemin qu’il reste à parcourir. Encore une fois, j’ai dû m’arrêter pour la journée.

Le troisième jour, nous avons atteint le sommet — au cœur du brouillard qui enveloppait le volcan — et célébré l’équivalent de l’ascension de l’Everest. J’ai réussi. Ça ne s’est pas passé comme je l’aurais voulu, mais quand je repense à la façon dont tout s’est déroulé, je me dis que c’était ainsi que ça devait se passer pour moi.

On devient tellement obsédés par les résultats qu’on décide d’avance du résultat qu’on va atteindre. Mais on oublie que tout ce qu’il faut faire pour y arriver est bien plus important que le résultat lui-même, et que le résultat sera ce qu’il sera. Il y aura toujours un résultat. Mais en réalité, on n’a aucun contrôle sur ce qu’il sera ni sur la façon dont on y arrivera.

On traverse tous des moments difficiles, et parfois, on a l’impression de porter une montagne sur nos épaules. Tu ne t’en rends peut-être pas compte, parce que cette montagne s’est construite petit à petit. Tu en prends un peu plus sur tes épaules, puis autre chose arrive et la montagne grandit. Tu continues d’avancer avec cette montagne, un morceau s’en détache ou un changement survient, et tout à coup, tu peux avoir l’impression qu’elle va t’écraser.

Tu peux gravir la montagne et atteindre l’autre versant. C’est là toute la dualité : tu peux aussi simplement déposer ce fardeau, franchir la montagne et poursuivre ton chemin. Tu peux laisser tout ça derrière toi. Ce n’est pas facile. Gravir la montagne semble en fait beaucoup plus difficile que de porter ce fardeau. Mais une fois de l’autre côté, tu te rends compte que tu peux gravir ces montagnes et surmonter ces problèmes de santé mentale. Tu peux dépasser toute la stigmatisation qui les entoure et, une fois de l’autre côté, laisser tout ça derrière toi.

Soutiens les efforts de Derek pour recueillir des fonds et sensibiliser les gens à la santé masculine.

Publié le 8 nov. 2022
Mis à jour 31 août 2026

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