Hig Roberts parle de santé mentale et de masculinité

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Hig Roberts

En décembre 2020, Hig Roberts, aujourd’hui retraité du ski alpin professionnel, a révélé publiquement son homosexualité, devenant ainsi le premier homme de sa profession à le faire. Ayant grandi dans l’univers hautement compétitif du sport professionnel, Hig a vécu de près les difficultés liées à la définition de la « masculinité » dans les milieux sportifs. Installé dans le fauteuil du barbier, Hig nous explique pourquoi il a choisi de faire son coming out à ce moment-là, comment sa carrière d’athlète professionnel a influencé son parcours et comment les épreuves qu’il a traversées lui ont permis de devenir une personne plus confiante et plus heureuse.

En tant que l’un des premiers skieurs alpins professionnels à avoir publiquement dévoilé ton homosexualité, comment as-tu vécu le fait d’annoncer que tu fais partie de la communauté LGBTQ+? Quel effet cette expérience a-t-elle eu sur ta santé mentale?

L’histoire que j’ai racontée en décembre dernier et le parcours que je suis maintenant sont des expériences que je ne pensais jamais vivre. Non pas parce que je n’allais jamais accepter qui j’étais, mais parce que je croyais ne jamais avoir la confiance nécessaire pour en parler publiquement d’une façon qui pourrait contribuer à faire avancer la communauté LGBTQ+, particulièrement dans le milieu du sport.

Après avoir pris ma retraite du ski professionnel et fait un passage dans le secteur des services bancaires d’investissement, ma santé mentale était, au mieux, dans un état lamentable. En cherchant à assumer mon orientation sexuelle, je m’étais complètement effondré. Pour survivre dans les milieux où je me retrouvais, qu’il s’agisse de l’univers hypermasculin du sport ou de celui de la finance, je devais constamment adopter une quantité énorme de behaviour de façade. Alors, même si j’étais prêt à raconter mon histoire, elle s’accompagnait d’un sentiment profondément irréel.

En parlant aux journalistes, à mes amis ou à ma famille, je devais en même temps me défaire de plusieurs années de conditionnement mental qui m’avaient poussé à réprimer ces mêmes expressions pendant si longtemps. Mais j’ai tout de suite su que c’était la bonne chose à faire. Je me sentais enfin héroïque et, à chaque respiration, je sentais s’estomper toute cette culpabilité, ce déni et cette honte. Lorsque mon histoire a été rendue publique, ma vie était enfin redevenue douce. Je suis profondément reconnaissant envers les personnes qui m’ont donné l’occasion de raconter mon histoire, que j’ai crue indigne d’être racontée pendant tant d’années.

Quelle a été ton expérience en tant qu’homme gai dans le milieu du ski de compétition? Quel effet ton coming out a-t-il eu sur ton expérience?

Je sais que mon parcours s’est déroulé comme il devait se dérouler. Il m’a permis d’apprendre ce que je devais apprendre afin d’aborder le prochain chapitre de ma vie du mieux que je pouvais. Je dis cela parce que j’ai ressenti une certaine honte d’avoir fait mon coming out après avoir pris ma retraite sportive. Et je pense que cela résume assez bien mon expérience en tant qu’homme gai dans le milieu du ski de compétition.

En fin de compte, lorsque j’étais athlète professionnel, je croyais sincèrement qu’il me serait impossible de dévoiler mon orientation sexuelle tout en poursuivant ma carrière. En partie à cause du manque de représentation dans ce milieu et en partie à cause de l’ambiance quotidienne dans laquelle je baignais en Coupe du monde de ski alpin, j’avais la forte intuition que ma carrière prendrait fin si je faisais mon coming out.

Le fait de comprendre tout cela et même d’en parler aujourd’hui est précisément ce qui me pousse à défendre cette cause avec passion. Je sais que je suis une personne forte, résiliente, indépendante et sûre d’elle. L’idée que je ne pouvais pas être moi-même tout en poursuivant mes plus grands rêves est donc profondément troublante. Et cela m’a coûté très cher. J’espère que mon histoire aidera au moins un athlète ou une personne à ne jamais avoir à sacrifier son bonheur, sa santé mentale ou ses rêves simplement en raison de son identité.

Dans des entrevues précédentes, tu as parlé des perceptions et des attentes liées au fait de se conformer à la « masculinité » dans le milieu du ski. Selon toi, quelle influence les conceptions traditionnelles de la masculinité ont-elles eue sur ton expérience? Comment as-tu composé avec cette situation et quelles répercussions a-t-elle eues sur toi?

À mon avis, le système — ou plutôt, pour employer un terme plus juste, la machine — de la masculinité est aux commandes dans la plupart des sphères de la vie. J’en suis à essayer de vraiment comprendre comment quelqu’un comme moi — un garçon élevé par une famille ouverte, un garçon plus déterminé que la moyenne, un garçon qui a connu du succès dans de nombreux domaines, notamment le sport et les études, et un garçon qui défendait ses convictions — a été forcé de perdre tout cela à cause du milieu dans lequel il s’est retrouvé : le sport professionnel.

Pour favoriser une plus grande acceptation des personnes LGBTQ+ dans le sport et les milieux traditionnellement masculins — qui, à mon avis, englobent presque toutes les sphères de la société —, il est primordial de déconstruire, de repenser et de redéfinir les règles de la masculinité. Il est difficile de souligner à quel point la masculinité façonne notre monde et, plus particulièrement, notre perception de la sexualité.

Depuis le jour de ma naissance, je crois avoir été conditionné à respecter un code masculin omniprésent qui m’a été inculqué, tant consciemment qu’inconsciemment. S’il est possible d’atteindre le summum de la masculinité ou le statut de héros — comme je l’appelle —, je dirais que je m’en suis approché de très près en devenant un skieur de compétition fort physiquement, dur et combatif. Et j’ai alimenté cette insatiable machine de la masculinité parce que je pensais qu’elle comblerait toutes les lacunes que ma différence me faisait ressentir intérieurement. Malheureusement, j’ai laissé ce système insaisissable de la masculinité me priver d’une grande part de bonheur et de mon potentiel.

Pour aller de l’avant, je pense que nous devons tracer une toute nouvelle voie pour redéfinir ce que signifie être un homme. Il sera essentiel pour nous tous de porter un regard plus critique sur le système de la masculinité si nous voulons favoriser une plus grande acceptation de tout le monde.

Quelle est la signification de « Send It for Murph »?

« Send It For Murph » est un hommage à mon défunt frère cadet, Murphy, décédé en 2016 à la suite d’un accident tragique causé par son diabète de type 1. Je venais de terminer ma première année sur le circuit de ski de la Coupe du monde lorsque j’ai perdu mon frère. J’ai même brièvement décidé de prendre ma retraite, mais j’ai fini par comprendre que cela ne lui rendrait pas justice, car, à bien des égards, Murphy était la personne que j’avais toujours voulu devenir, et je n’y étais pas encore arrivé.

En grandissant avec Murphy, nous n’avions pas une relation parfaite parce que j’étais jaloux de lui. Il avait une confiance en lui et une aisance avec lui-même que je commence enfin à découvrir aujourd’hui. J’ai porté un autocollant « Send It For Murph » sur mon casque lors de chacune des courses suivantes et j’ai crié son nom tout au long des parcours pendant mes compétitions partout dans le monde. Chaque fois que je m’élançais du portillon de départ, je lui demandais de « venir faire un tour avec moi », et c’est vraiment ce qui m’a permis de continuer malgré cette immense tragédie. Dans ma carrière de skieur, ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir raconté l’histoire de Murphy et d’avoir honoré sa mémoire haut et fort. Il sera toujours avec moi.

Tu as confié que la perte de ton frère et le poids de devoir cacher ton orientation sexuelle ont eu des répercussions négatives sur ta santé mentale. Comment as-tu réussi à traverser cette épreuve, et quelles stratégies recommanderais-tu à une personne qui vit peut-être une situation semblable?

Avant la mort de Murphy, j’hésitais à dévoiler mon orientation sexuelle à mes coéquipiers, à mes entraîneurs et à organisation de Team USA. Mais après sa mort, mon monde a complètement basculé. Reprendre ma carrière et finalement décider de quitter ma famille pendant cette période pour vivre en Europe plusieurs mois à la fois afin de poursuivre mes propres ambitions a été extrêmement difficile. Le fait de cacher mon orientation sexuelle me mettait déjà en marge du monde dans lequel je vivais. Et maintenant, le fait d’être celui qui vivait un deuil m’isolait encore davantage.

Le monde compétitif et axé sur la masculinité des courses de ski exigeait une immense précision mentale et une approche de guerrier. Il ne me laissait pratiquement aucune marge pour montrer ma vulnérabilité face à ce que je vivais personnellement. J’avais l’impression de devoir cacher mon deuil, parce qu’il n’y avait tout simplement pas de place pour lui dans mon milieu. Tout en étant aux prises avec ma sexualité, j’ai commencé à nier ma dépression, mon anxiété et l’effondrement psychologique qui me guettait. Tout cela allait finir par atteindre un point de rupture.

Je pense que, même si j’ai vécu dans le monde du ski des expériences qui m’ont obligé à garder le silence sur tout ce que je traversais, il est important pour nous tous de nous rappeler que nous ne devrions jamais douter de la bonté et de l’amour dont les gens sont capables. Depuis que j’ai fait mon coming out et que je parle ouvertement de ces années de ma vie, j’ai reçu un soutien immense de la part de mes coéquipiers, de mes concurrents, de mes entraîneurs, de mes amis et de ma famille. J’ai porté toute ma détresse psychologique sur mes épaules alors qu’avec le recul, je vois maintenant qu’il y avait des gens qui avaient les outils nécessaires pour m’aider. Et ça a été tellement beau de m’en rendre compte.

Comment fais-tu de ta santé mentale une priorité en ce moment?

Être capable de reconnaître que ma santé mentale fait partie des aspects de ma vie auxquels j’accorde la priorité est à la fois incroyable et bouleversant. Pendant tant d’années, reconnaître l’importance de ma santé mentale était pour moi un signe de faiblesse. J’avais l’impression de céder à cette part « non masculine » de moi que je croyais responsable de tous ces problèmes. Maintenant, je sais que l’état de ma santé mentale est essentiel à l’orientation profonde que prend ma vie.

Il est prouvé que les membres de la communauté LGBTQ+ présentent des taux plus élevés de problèmes de santé mentale et de diagnostics. Je fais un effort très conscient pour parler de ma propre santé mentale afin de contribuer à normaliser ces réalités et à donner plus de visibilité à ces statistiques. Avant, je pensais qu’il était honorable de faire abstraction de ma santé mentale, comme s’il s’agissait d’une sorte de symbole déformé de masculinité. Mais aujourd’hui, je tiens à dire aux gens que j’ai suivi et que je suis toujours des traitements pour la dépression, l’anxiété, le trouble de stress post-traumatique et d’autres troubles liés à des traumatismes.

Nous devons faire évoluer nos interactions quotidiennes pour y inclure des discussions sur la santé mentale, car nous allons tous vivre des problèmes de santé mentale à un moment ou à un autre de notre vie. En ce sens, ces échanges peuvent devenir l’une des plus puissantes façons de tisser des liens et d’apprendre les uns des autres.

Maintenant que tu sais ce que tu sais et que tu es un homme gai, heureux et ouvertement assumé, que dirais-tu à la personne que tu étais plus jeune?

J’adore cette question, parce qu’une grande partie de ce que je fais au quotidien consiste à me réconcilier avec le « jeune Hig » que j’étais. Bien sûr, je regrette parfois de m’être privé de bonheur pendant beaucoup trop longtemps ou d’avoir peut-être gâché mon plein potentiel sportif parce que je n’avais pas la force de m’aimer. Mais penser ainsi, c’est passer complètement à côté de l’essentiel.

Je sais que j’ai fait de mon mieux pour vivre une vie « bien remplie », mais aussi que j’avais tant à apprendre en chemin pour rendre la prochaine étape de ma vie encore meilleure. J’ai caché un mot de trois lettres, gay — tout comme mon nom, et tout aussi important pour mon identité. Cela m’a beaucoup coûté quand j’étais jeune. Mais je sais maintenant qu’être gay est véritablement l’une de mes plus grandes forces, parce que c’est qui je suis et que j’accueille désormais de tout cœur toutes les facettes de mon identité.

Quand j’étais jeune, j’avais toujours l’impression de courir et d’être seul. Cela m’a amené à adhérer à un idéal malavisé du guerrier indépendant, endurci et coupé des autres. Chacun de nous évolue, et c’est ce qui rend les êtres humains si particuliers : nous faisons des erreurs, nous apprenons, nous grandissons et, surtout, nous méritons tous l’amour et le bonheur. Je dépose toutes mes expériences passées dans une « banque » métaphorique et j’investis dans un avenir meilleur.

Que signifie la Fierté pour toi?

Pour moi, la Fierté, c’est avant tout une question de communauté. Je suis très honoré d’être ici et de pouvoir profiter de ce mois pour apprendre, m’impliquer et défendre les intérêts de toutes les personnes de la communauté LGBTQ+. Je reconnais pleinement que les privilèges dont je peux jouir aujourd’hui en tant qu’homme gai existent grâce aux personnes qui m’ont précédé et qui ont fait en sorte que cela soit possible. Je reconnais également les privilèges inhérents à mon identité d’homme blanc cisgenre au sein de la communauté LGBTQ+.

Pendant la Fierté comme au quotidien, je m’efforce de représenter et de défendre les membres beaucoup plus marginalisés de notre communauté, notamment les personnes transgenres et les communautés PANDC, qui subissent invariablement davantage de discrimination et d’injustice que moi. Tous nos récits et toutes nos identités sont essentiels pour accroître la représentation et la visibilité. La possibilité de célébrer la Fierté est un droit de la personne pour notre communauté, car il reste encore beaucoup de travail à faire pour assurer l’acceptation et l’égalité des chances.

Sur les pistes comme ailleurs, comment la communauté du ski de compétition a-t-elle évolué et progressé en matière d’équité pour les personnes LGBTQ+, et quels changements espères-tu voir à l’avenir?

À ce stade-ci, il est difficile de dire exactement ce qui a changé. Je pense qu’il n’est pas tout à fait raisonnable de s’attendre à des changements radicaux et à une pleine acceptation, puisque les athlètes LGBTQ+ sont encore extrêmement rares. Malheureusement, pour cette raison, la conversation semble toujours finir par s’essouffler. Le fameux plafond de verre reste encore à briser dans ce milieu.

Mon plus grand espoir, c’est qu’un jour, des histoires comme la mienne passent inaperçues, non pas parce qu’il n’est pas important de les reconnaître et de les célébrer, mais plutôt parce que la sexualité d’un athlète n’aura pas plus d’importance que le déjeuner qu’il prend le matin d’une compétition.

Au cours des derniers mois, j’ai eu l’occasion de discuter avec certains membres de la communauté du ski et, plus largement, de celle de Team USA. J’ai exhorté les responsables de ces organisations à aborder ce sujet avec les athlètes, à leur dire que les personnes LGBTQ+ sont les bienvenues et en sécurité, et à considérer leurs déclarations sur la diversité, l’équité et l’inclusion comme plus qu’une simple obligation. Si certains sports sont plus avancés que d’autres en matière d’inclusion, bon nombre de ces milieux sportifs plus petits et plus exclusifs doivent faire un effort conscient pour favoriser l’inclusion et exposer leurs athlètes à une plus grande diversité.

Inviter des groupes de défense des droits LGBTQ+ ou des athlètes à s’adresser à ces organisations, offrir davantage de ressources aux athlètes LGBTQ+ ou tisser des liens avec la communauté LGBTQ+ sont des mesures très simples et efficaces qui, je peux vous l’assurer, contribueront à accroître l’acceptation et la compréhension. Dans mon cas, certaines de ces mesures simples que mes dirigeants auraient pu prendre auraient peut-être fait toute la différence.

Que peuvent faire les autres pour favoriser l’équité envers la communauté LGBTQ+ dans le milieu du ski?

Bien que cela s’applique à tous les aspects de la vie, je crois que favoriser la diversité dans le milieu sportif peut avoir des retombées positives immédiates.

Avant tout, il faut comprendre que le sport, en tant qu’institution, est fondamentalement censé être ouvert à tout le monde. Le chronomètre, le ballon, etc. ne se soucient pas de savoir si une personne est LGBTQ+. De plus, le sport est une forme de thérapie et permet souvent de se changer les idées face aux difficultés bien réelles de la vie. C’est ce qui rend cet espace si beau et, par conséquent, ce qui fait qu’il est si important de faire progresser l’équité dans ce milieu aux structures souvent rigides. Ne pas le faire va à l’encontre du rôle fondamental que joue le sport dans notre société.

Une plus grande acceptation de la diversité au sein de la communauté du ski contribuera à son essor, renforcera les liens entre coéquipiers, améliorera le moral des équipes et permettra aux meilleurs talents de se démarquer. La communauté du ski, tout comme l’ensemble du milieu sportif, a le devoir de mener la lutte pour une plus grande équité et une meilleure acceptation. Si elle ne le fait pas, ce serait vraiment une occasion ratée.

J’ai tellement bon espoir que ces progrès sont à nos portes, et j’invite toutes les personnes qui se reconnaissent dans mon histoire à communiquer avec moi pour obtenir de l’aide. N’oublie jamais que tu es aimé, que tu es le bienvenu et que je crois en toi.

Publié le 28 juin 2021
Mis à jour 31 août 2026

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