Ce même sentiment de bien-être : l’histoire d’Eric Hendrikx au Distinguished Gentleman’s Ride

« Sur deux roues, j’ai appris à en découvrir davantage sur moi-même, sur les autres et sur le monde. »
Du désert de Mojave au Japon, Eric Hendrikx, hôte du Distinguished Gentleman's Ride, raconte son parcours sur deux roues et les leçons qu’il en a tirées.
J’étais à peine assez grand pour atteindre le guidon quand j’ai goûté pour la première fois à la liberté. Perché sur les genoux de mon père, sur sa Yamaha Enduro, j’ai été propulsé dans un nouveau monde : une explosion sensorielle d’images, d’odeurs et de cette grisante poussée d’adrénaline que procurait la nature sauvage tandis que nous sillonnions des paysages indomptés. C’était dans les années 80, dans le comté d’Orange, en Californie, aux confins de la civilisation, là où notre cul-de-sac débouchait sur la nature sauvage. Depuis ce quartier de banlieue, nous filions vers les grands espaces, traversant des collines couvertes de sauge odorante et des vergers d’agrumes, explorant des territoires tant géographiques qu’existentiels. Sur deux roues, j’ai appris à mieux me connaître, à mieux connaître les autres et à découvrir le monde.
La moto, ce n’est pas seulement rouler; c’est plonger au plus profond de ton âme et de celle des autres, par-delà les continents et les cultures. En selle, tu apprends que la peur n’est que l’autre face de la liberté. J’ai affronté des pluies torrentielles sur les routes impitoyables du Japon, roulé sous le soleil le long de l’océan Pacifique, exploré la campagne italienne et poursuivi les étoiles dans le désert de Mojave. Chaque fois, parti en voyageur solitaire, je me suis vite retrouvé entouré d’une foule de nouveaux amis. De ces rencontres éphémères naissent des liens pour la vie.
Pense au mouvement Movember et aux programs de santé mentale qu’il soutient — un mariage tout naturel avec l’esprit motocycliste. Parce qu’il ne s’agit pas seulement de rouler; il s’agit des liens qui nous unissent, de la fraternité, de la force collective qui éloigne le spectre de l’isolement et du désespoir. Ces randonnées, ces rassemblements auxquels nous participons au nom de nobles causes, ce sont des bouées de sauvetage pour chacun de nous, sous des airs d’activités sociales.
Le déménagement de la Californie à Toronto a été difficile. Je suis arrivé en pleine pandémie et, même si j’étais très heureux avec ma femme — nous venions tout juste de commencer à nous fréquenter à l’époque —, je me sentais aussi extrêmement seul, isolé et sans amis. Puis, ma mère est décédée en Californie, me laissant en deuil et dans l’impossibilité de retourner aux États-Unis. C’est mon ami Mark Hawwa, fondateur du Distinguished Gentleman's Ride, qui a pris de mes nouvelles et m’a tendu une bouée de sauvetage en me mettant en contact avec Paul, l’organisateur local de la randonnée. Le courant est passé instantanément grâce à notre amour des motos et à notre participation à cette randonnée caritative. Cette complicité immédiate a apaisé mon esprit à bout de souffle. J’ai encore les larmes aux yeux quand j’y pense aujourd’hui; je suis prêt à tout donner pour cette cause, parce qu’elle m’a tellement apporté : une étreinte chaleureuse au moment où j’en avais le plus besoin. Cette année, Paul et moi organisons ensemble la randonnée de Toronto pour la deuxième fois.
Et j’adore l’esprit du Gentleman’s Ride : s’habiller avec élégance et enfourcher des motos de style classique pour attirer les regards et déconstruire les préjugés entourant la moto. Cette randonnée est une véritable célébration où les sourires sont au rendez-vous toute la journée. Pour beaucoup, elle offre un terreau fertile où peuvent naître des relations profondes. En m’immergeant dans cette communauté, j’ai trouvé du réconfort et un but, tout en contribuant à une cause qui lutte contre le cancer de la prostate et défend la santé mentale des hommes.
Cette mission me touche profondément. Ayant perdu des héros et des amis dans le gouffre du suicide, je ressens l’urgence de sauver ne serait-ce qu’une vie de plus. Mes propres combats contre la noirceur ont atteint leur paroxysme après un terrible accident dans les Alpes suisses, qui m’a plongé dans le coma avec des dizaines de fractures, des organes endommagés et un poumon perforé. J’en suis ressorti reconstruit à l’aide de plaques et de vis en titane — tel un phénix bionique renaissant péniblement de ses cendres. Le chemin vers la guérison a été éprouvant et parsemé de revers inattendus, mais ce sont les conversations franches et empreintes de vulnérabilité avec mes amis qui m’ont aidé à avancer. Ce sont les mêmes personnes avec qui je fais de la moto; c’est donc cette même communauté de gens qui s’aiment, se soutiennent et appuient cette grande cause. C’est vraiment ce qui m’a aidé à traverser cette épreuve de façon positive.
Faire partie de la communauté motocycliste et du Distinguished Gentleman’s Ride me remplit de joie. Voir son succès partout dans le monde et l’impact positif qu’il a sur la vie des gens me rend fier et reconnaissant d’y participer. Chaque fois que j’enfourche une moto, je replonge dans ces journées pleines de curiosité et d’aventure sur l’enduro de mon père, alors que les grands espaces s’étendaient devant nous, prêts à être explorés. Ces rassemblements ravivent cet émerveillement d’enfant, font tomber les barrières et favorisent l’unité. C’est quelque chose de magnifique. Nous roulons, nous partageons, nous guérissons — ensemble, unis par la fraternité de la route.