Briser les stéréotypes entourant les hommes noirs et les communautés noires

Matthew Morris + Jay Williams
En grandissant dans les années 1990, les garçons comme nous apprenaient à ne jamais montrer leurs émotions. Les garçons comme nous prenaient pour modèles les hommes à la télévision qui dribblaient avec un ballon de basketball comme avec un yo-yo et esquivaient les défenseurs sur le terrain de football. Ils apprenaient aux garçons comme nous à être durs. Au secondaire, nous maîtrisions à la perfection le « regard menaçant » : ce regard froid que les garçons noirs lançaient à d’autres garçons noirs, comme s’ils se disputaient un territoire dans les corridors de l’école et sur les trottoirs du quartier. Les garçons comme nous étaient traités comme des hommes bien avant même que nous pensions à obtenir notre licence de conduire. Et pour cette raison, les garçons noirs comme nous ne parlaient jamais de santé mentale.
Bien des choses ont changé depuis notre adolescence à Scarborough (Canada). Nous sommes à un moment charnière où la représentation compte. Puisque nous ne sommes plus des garçons, mais désormais des enseignants, des hommes, il nous incombe de déconstruire un autre stéréotype lié à la masculinité noire.
Quand nous avons lancé #QuarantineEd au début du printemps, ce n’était pas dans cette optique. Au départ, nous voulions créer une plateforme où le personnel enseignant pourrait faire part de ses préoccupations, de ses questions et de son expérience de l’enseignement d’urgence dans lequel la pandémie nous avait plongés. Mais une autre pandémie a alors éclaté. Et #QuarantineEd est devenu pour nous à la fois un refuge et une forme de thérapie. En tant qu’hommes noirs, nous avions l’impression qu’on avait déplacé les poteaux de but en plein milieu de la partie. Comme hommes noirs et membres du personnel enseignant, nous avons dû composer avec une pandémie mondiale tout en ayant l’impression d’être au centre d’une crise raciale. Le moins qu’on puisse dire, c’est que 2020 a été épuisante.
C’est devenu épuisant précisément à cause de ce qu’on nous a enseigné quand nous étions de jeunes garçons noirs. Dans nos communautés (noires), la stigmatisation entourant la santé mentale en fait un sujet tabou. Traditionnellement, on apprend aux jeunes hommes noirs à être forts, à grandir vite et à garder leurs problèmes pour eux. Quand notre réticence à parler de santé mentale s’ajoute au racisme que nous subissons, il en résulte souvent une rage brûlante et une méfiance qui s’installent au fil des ans. Ce n’est pas sain. Ces dernières années, nous avons tous les deux parlé de faire de la consultation avec un thérapeute une priorité, ne serait-ce que pour nous défouler et nous libérer de tout ce poids. Pourtant, ni l’un ni l’autre n’a encore pris ce rendez-vous.
Movember pourrait être le mouvement qui nous poussera à faire plus que simplement en parler entre nous. Une partie de notre mission commune, en tant qu’hommes noirs originaires de Scarborough qui incarnent la culture hip-hop qui nous est chère, consiste à déconstruire les stéréotypes qui persistent au sujet des hommes noirs et des communautés noires. Notre objectif, en tant qu’enseignants, et plus précisément en tant qu’enseignants noirs, est de mener la conversation, surtout auprès de nos jeunes garçons noirs. Parmi les apprentissages essentiels que nous devons transmettre, il faut apprendre à nos jeunes à parler de leurs difficultés en matière de santé mentale avec leurs pairs, leur famille et leur communauté.
Nous avons la responsabilité de donner l’exemple à la prochaine génération. Dans les années 1990, les hommes que nous sommes aujourd’hui étaient encore des garçons. On nous a appris à devenir des hommes, mais peut-être pas à nous épanouir pleinement. Des décennies nous séparent maintenant des leçons que nous avons apprises à l’époque. Apprendre aux garçons à devenir des hommes, c’est aussi leur apprendre à parler ouvertement de leurs émotions avec leurs pairs. La masculinité, c’est être à l’aise de discuter ouvertement de sujets comme la santé mentale, et non le contraire.




